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Belinda Bencic a causé la première sensation à Melbourne en éliminant Venus Williams, 5e joueuse mondiale et finaliste l’an dernier, dès le premier tour de l’Open d’Australie (6-3 7-5).
© Cameron Spencer/Getty Images

Tennis

Belinda Bencic, à la force du poignet

Tombée au 318e rang mondial en 2017 à la suite d'une blessure, la Saint-Galloise a entamé un retour discret mais fulgurant ces derniers mois. En pleine confiance, elle a éliminé Venus Williams au premier tour (6-3 7-5). Le premier exploit de cet Open d’Australie

«Je suis là où je mérite d’être en ce moment.» Là, c’était une halle polyvalente déserte et mal isolée, fin septembre 2017 à Clermont-Ferrand, dans un tournoi ITF doté de 25 000 dollars. La septième division du tennis féminin mondial accueillait Belinda Bencic, ancienne septième joueuse mondiale devenue septième joueuse… suisse (318e mondiale, même Patty Schnyder était alors mieux classée qu’elle). Elle ne se plaignait pourtant ni de son sort ni – et c’était le plus important – de son poignet gauche, opéré cinq mois plus tôt. Ce poignet avait provoqué sa déchéance et l’avait rejetée dans les bas-fonds. «Je suis là où je mérite d’être en ce moment», disait-elle simplement.

Lire: En Auvergne, le réveil de Belinda Bencic

Impossible de ne pas y repenser en ce premier jour de l’Open d’Australie. Cette fois, Belinda Bencic est sur l’un des plus beaux courts du monde, la Rod Laver Arena. Certes, surtout en raison du prestige de sa rivale, l’Américaine Venus Williams, cinquième joueuse mondiale, finaliste l’an dernier face à sa sœur Serena. Mais au terme d’un match magnifique de maîtrise et d’intelligence, c’est bien elle qui lève les bras au ciel, le regard incrédule, et qui, abasourdie par son exploit, en oublie sa raquette.

En quatre mois et demi, la Saint-Galloise a remonté 240 places au classement WTA, gagné quatre titres (St-Pétersbourg, Dubaï, Hua Hin et Taipei), plus la Hopman Cup en double avec Roger Federer. En battant Venus Williams (pour la première fois en cinq confrontations), elle enchaîne une seizième victoire consécutive. Alors oui, franchement, Belinda Bencic mérite d’être là.

«Tu devrais prendre un chien»

Elle mérite aussi, visiblement, l’intérêt de la presse internationale. «Wouahh, lâche-t-elle en pénétrant dans la salle d’interview principale. C’est la première fois que j’y ai droit.» Elle profite de son auditoire (une cinquantaine de journalistes) pour détailler son exploit et, l’entendant le raconter à voix haute, peut-être s’en persuader. Sur l’estrade, elle exprime aussi candeur juvénile, fraîcheur, spontanéité. C’est de son âge (21 ans en mars); c’est surtout dans sa nature, qui fut longtemps contrariée.

J’ai beaucoup repensé à mes précédents matchs contre Venus Williams et j’en ai conclu que je devais avoir moins de respect et oser davantage

Belinda Bencic

Par ses douleurs au poignet, on l’a dit, mais aussi par son père, Ivan. Indispensable au début de sa carrière, mais franchement devenu un problème au fil du temps. Belinda Bencic a résolu les deux maux un peu au même moment, avec le soutien de Timea Bacsinszky, passée par les mêmes épreuves. «Nous avons beaucoup échangé, passant souvent de longs moments à discuter sur WhatsApp, explique la Vaudoise. Belinda ne voulait pas rompre avec son père mais juste gagner sa liberté. Je crois que cela va mieux maintenant.»

Gare au Thaï break

Pour qu’elle se change les idées durant sa blessure et garde l’habitude d’une routine, Timea Bacsinszky conseilla à sa jeune coéquipière de Fed Cup de prendre un chien. «Moi, j’avais choisi un chihuahua; Belinda, elle, a carrément pris un labrador!» Elle s’est aussi assurée depuis cet été la présence d’un nouveau coach, Iain Hughes. Ancien entraîneur de l’Ukrainienne Elina Svitolina, ce Gallois bénéficie d’une belle réputation sur le circuit. «C’est un coach qui m’a toujours intéressé, confie Timea Bacsinszky. J’aimais bien sa façon de parler aux joueuses. Il est très apaisant.»

Lire aussi: Timea Bacsinszky: «Revenir n’est pas une course de vitesse»

Il est aussi de bon conseil. C’est lui qui suggéra à Belinda Bencic de renoncer à demander un classement protégé. «Il aurait fallu attendre un mois de plus pour en bénéficier, et il ne serait resté que quelques tournois avant la fin de saison», justifiait-il en septembre. Le duo écuma les tournois, accumulant les matchs et empilant les victoires. A chaque fois, il la prit immédiatement à part pour lui rappeler leurs vrais objectifs.

Dégriser sa joueuse était toujours la première préoccupation de Iain Hughes lundi. Interrogé à la sortie du stade par quelques journalistes suisses, il esquiva en expliquant qu’il devait d’abord s’assurer «que Belinda garde les pieds sur terre». Alors qu’elle vient d’ouvrir sa partie de tableau comme Moïse la mer Rouge, il serait dommage de buter au prochain tour sur la modeste Thaïlandaise Luksika Kumkhum, issue des qualifications. «Ce sera très difficile», récita-t-elle une heure plus tard en conférence de presse.

Les conseils de Federer

En vieil habitué de la Rod Laver Arena, Roger Federer avait préparé Belinda Bencic à la gêne que pouvait constituer l’écrasant soleil austral de midi (le match a débuté à 12h50). Mais le temps était finalement à la pluie. Un crachin qui devint averse à 3-3 40-A dans la première manche. Bencic, qui avait déjà sauvé cinq balles de break et peinait à remporter son service, en tira le meilleur profit. Au lieu de se dépêcher pour conclure, elle demanda l’interruption du jeu. Vingt bonnes minutes passèrent, entre le séchage manuel du court, le déploiement du toit et le nouvel échauffement accordé aux joueuses. Lorsque le jeu reprit, la Suissesse boucla l’affaire en trois coups de raquette (ace, coup gagnant).

Elle remporta les huit points suivants, soit deux jeux. Et donc la première manche (6-3). Ce qu’elle n’était jamais parvenue à faire auparavant face à Venus Williams. «J’ai beaucoup repensé à mes précédents matchs contre elle et j’en ai conclu que je devais avoir moins de respect et oser davantage.» Venus Williams avoua n’avoir aucun souvenir particulier face à Belinda Bencic. Sur le court, sa façon de regarder sa raquette comme si tout était de sa faute laisse penser qu’elle ne «calcule» pas son adversaire. Ses mots contredisent toutefois son body language. «Je n’ai pas le sentiment d’avoir fait un mauvais match, souligna l’Américaine d’une voix lasse. C’est elle qui a particulièrement bien joué.»

Le pronostic de Timea Bacsinszky

Notamment en retour. Formée à l’école de Melanie Molitor (la mère et l’entraîneuse de Martina Hingis), Belinda Bencic possède une ouverture d’appui, un coup d’œil et une qualité de main qui lui permettent de se sortir de toutes les situations difficiles. Sa longueur de balle et la précision de ses frappes le long des lignes compensèrent souvent un petit déficit de puissance.

Venus Williams tenta son va-tout en début de deuxième manche. L’Américaine ravit deux fois le service de Bencic, qui recolla à chaque fois immédiatement. A 4-3 puis à 5-4, Belinda Bencic eut l’opportunité de breaker, sans y parvenir. Elle sut saisir sa chance à 6-5. «J’ai le pressentiment qu’elle va revenir très très fort en 2018», nous confiait Timea Bacsinszky la semaine dernière. Fort jusqu’où? «Je pense qu’à la fin de l’année, elle sera aux alentours du top 15 ou top 20.»

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