Tennis

La belle histoire de Federer se prolonge, celle de Wawrinka s’arrête

Vainqueur de son compatriote en cinq sets (7-5 6-3 1-6 4-6 6-3), le Bâlois se qualifie pour la finale de l’Open d’Australie. Il affrontera dimanche le vainqueur de l’autre demi-finale Nadal-Dimitrov (vendredi matin 9h30)

C’est un beau Romand, c’est une belle histoire. Mais comment choisir entre les deux? La demi-finale Federer-Wawrinka devait être la fête du tennis suisse. Nous sommes finalement ceux qui en ont le moins profité, parce que la joie (contenue) de l’un s’est accompagnée de la détresse (digne) de l’autre. Eux-mêmes vécurent ce moment dans une certaine retenue. Ils s’étreignirent longuement à la fin, comme ils avaient eu beaucoup de peine à se lâcher au début d’un match crispé, crispant.

Le public de la Rod Laver Arena n’eut pas ces pudeurs. Lorsque Roger Federer triompha au bout d’une bataille de cinq sets (7-5 6-3 1-6 4-6 6-3) et trois heures, tout le stade rugit de joie et d’excitation. L’Histoire, la belle histoire, était en marche. Dès son retour après six mois de pause, la légende du tennis est déjà en finale. Et peut-être contre Rafael Nadal, un autre revenant. Federer peut brandir ici dimanche un trophée du Grand Chelem, le dix-huitième de sa carrière, pour la première fois depuis juillet 2012.

«C’est fantastique pour le tournoi de revoir Roger en finale, s’exclame l’ancien numéro 1 mondial australien Lleyton Hewitt. Je ne peux pas dire que je m’attendais à le retrouver si vite à ce niveau mais il ne faut jamais désespérer d’un grand champion, je crois que c’est la grande leçon de cet Open d’Australie.»

Wawrinka, perdant magnifique

Il n’y a pas grand monde hors de Suisse pour pleurer avec Stan Wawrinka, perdant magnifique, qui a presque réussi à retourner le match après avoir été mené deux manches à rien. Le Vaudois a surmonté un début de match hésitant, tendu, pour progressivement imposer sa puissance de feu. «Je n’ai pas beaucoup de regrets à avoir dans ce match. A deux sets zéro contre moi, j’ai réussi à inverser la pression. Malheureusement, cela n’a pas suffi dans le cinquième set. J’ai des opportunités de lui prendre son service à 1-1 et à 2-2. Il joue bien et c’est lui qui breake à 3-2. Ces matchs-là se jouent souvent sur quelques points.»

«Il y a eu beaucoup de hauts et de bas dans ce match», observe Lleyton Hewitt. Les deux Suisses ont bien joué, mais rarement en même temps. La qualité de leurs services, intermittente, a souvent arbitré les débats. Un match en cinq sets est une odyssée. C’est jouer avec les éléments autant qu’ils se jouent de vous. Il se gagne autant – sinon plus – dans les inévitables moments faibles que durant les hypothétiques temps forts. «Il faut l’accepter et essayer de le gérer le mieux possible», explique Stan Wawrinka.

«Stan ne s’est jamais remis de ce revers raté»

Roger Federer, l’expérience peut-être, s’en sortit un peu mieux. Avant le cinquième set décisif, il demanda un temps mort médical, pour la première fois de sa carrière. Pour casser le rythme? «Ce n’est pas mon style», dédaigne-t-il. «Pas de ça entre nous», confirme Wawrinka. Federer reconnaît toutefois que «parfois, c’est plus psychologique qu’autre chose. C’est le seul moment du match où vous avez l’occasion de parler à quelqu’un. Et même si ce n’est que le physio, ça fait du bien.»

Quatre jeux plus tard, il prenait le service de Wawrinka juste après avoir sauvé des balles de break sur ses mises en jeu. «A 2-2 et 30-a dans la dernière manche, Stan rate un revers qu’il réussit 99 fois sur 100 et commet une double faute derrière. Je crois qu’il ne s’est jamais remis de ce revers», estime l’ancien champion français Fabrice Santoro.

«Tu peux vraiment gagner»

Wawrinka aussi avait demandé un temps mort médical (à la fin du deuxième set). En fin de tournoi, le corps siffle de partout comme une capsule spatiale rentrant dans l’atmosphère. Il faut foncer quand même et faire confiance à la machine. «Les premiers longs rallyes faisaient très mal aux organismes», avoue Wawrinka, qui a mal au genou depuis le début du tournoi. «Ça n’est pas une excuse, affirme le Vaudois. A ce niveau, tout le monde a mal quelque part.» Federer traîne ainsi une douleur en haut de la cuisse depuis dix jours. «Ça ne m’empêchera pas de tout donner en finale», promet le Bâlois, qui veut bien «ne plus pouvoir marcher pendant cinq mois» en échange de la victoire dimanche.

Il y sera le plus vieux finaliste en Grand Chelem depuis Ken Rosewall, 39 ans en 1974. Avec ses douleurs, son âge et sa foi. Dans le players' lounge, son entraîneur Severin Lüthi, homme mesuré s’il en est, se laisse aller à une confidence. «A Dubai, il s’entraînait si bien qu’au bout d’un moment je lui ai dit: tu sais Rog', je pense vraiment que tu peux gagner l’Open d’Australie.»

Il y est presque, peut-être contre Nadal, et comme le reconnaît Stan Wawrinka: «Franchement, tout le monde veut voir ça et espère que la belle histoire aille jusqu’au bout.»


«Je suis en finale et j’aurai ma chance»

En conférence de presse, Roger Federer ne voulait pas se focaliser sur Rafael Nadal mais reconnaissait que leurs retrouvailles ne manqueraient pas d’allure.

Le Temps: Tout le stade vous supportait parce que tout le monde rêve d’une finale Federer-Nadal. Et vous?

Roger Federer: Vous pensez sans doute que j’aurais une meilleure chance contre Dimitrov, mais qui s’en préoccupe? Je sais que je suis en finale, c’est ce qui m’importe. J’aurais une chance de gagner dimanche, quel que soit l’adversaire. Mais j’ai bien conscience qu’une finale contre Rafa n’aurait pas la même résonance.

– Ce serait tout de même inattendu…

– Il y a quelques mois, lorsqu’il a ouvert son académie à Majorque, j’avais mal à la jambe, il avait une blessure au poignet, nous faisions une partie de mini-tennis avec des juniors et on s’est dit: «c’est le mieux que l’on puisse faire actuellement». Et on pourrait se retrouver tous les deux en finale dimanche!

– Vous dites être le fan N°1 de Rafael Nadal. Vraiment?

– C’est un joueur incroyable, qui possède des coups qu’aucun joueur n’a. Quand vous avez ça, vous êtes unique. En plus, il a la mentalité et le physique pour maintenir un très haut niveau de jeu très longtemps. Et enfin, il est revenu de blessures un nombre incalculable de fois. Vraiment, j’ai beaucoup de respect pour lui.

– Et si c’est Dimitrov, que l’on surnommait «Baby Federer»?

– Je l’ai battu l’an dernier lors de notre dernière confrontation mais il joue complètement différemment désormais. Ce n’est pas forcément plus simple de jouer un gars en pleine confiance qui se croit capable d’arracher les arbres. On le compare à moi mais je me souviens qu’on me comparait toujours à Pete Sampras à mes débuts parce que je jouais avec Nike et Wilson comme lui. Je passais mon temps à répéter que je n’étais pas Pete Sampras. Grigor n’est pas Roger Federer, il a sa propre personnalité, son propre caractère. Vous devez lui laisser cela, s’il vous plaît.

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