Bode Miller ou Benjamin Raich? C'est le sujet de conversation dans les coulisses des finales de la Coupe du monde. Ceci d'autant plus que les chutes de neige incessantes perturbent le programme et favorisent le bavardage de comptoir. Même les coureurs sont mis à contribution à ce jeu des pronostics. «Si j'avais 100 euros, je les mettrais sur «Benni», confie Hermann Maier. C'est très serré et le slalom sera le point clé. Or en slalom, il est incomparable. Tout dépendra du profil de la pente. Si elle n'est pas trop raide, Bode aura encore ses chances.» Le ressuscité du circuit se considère lui-même, à juste titre, comme hors course. Ses deux succès de la semaine dernière en Norvège, qui font de lui l'égal de Tomba avec 50 victoires, l'ont rapproché suffisamment des deux leaders pour que cela soit mathématiquement possible (182 points), mais son sacre tiendrait du miracle.

En toute logique, le gros globe de cristal devrait prendre la route des Etats-Unis, pour la première fois depuis vingt-deux ans, ou retourner en Autriche, dans la valise de Benjamin Raich. Le premier mène pour l'instant au score. Mais son avance, qui était de 422 points le 18 décembre, aux heures les plus glorieuses de l'Américain, a maigri au cours de l'hiver. L'écart n'est plus que de 52 points, autant dire ridicule lorsqu'il reste quatre épreuves à disputer et donc 400 points à prendre. Les statistiques favorisent le funambule de Franconia (New Hampshire), puisqu'à chaque fois que classement général était serré à la vieille des finales, le leader l'a emporté.

Mais peut-on se fier aux chiffres avec un Bode Miller aussi génial qu'imprévisible, capable du pire comme du meilleur? Phil Mahre, le dernier Américain à avoir remporté le classement général, se permet d'en douter. «En ce moment, j'ai du mal à l'imaginer gagner même si je le souhaite», a déclaré l'ancien champion au journaliste du site skiracing.com. Ce n'est même pas du 50-50. «Benni» Raich est hyper-chaud alors que Bode semble froid comme la glace.» Ce que réfute l'intéressé, qui affirme ne pas manquer de motivation: «J'ai envie de gagner et n'ai pas besoin des gens pour me pousser. Cela me fait plutôt l'effet inverse. C'est comme si j'avais décidé d'aller tondre la pelouse et que mon frère ou ma sœur me demande de le faire. Cela suffirait à me couper l'envie.»

Miller n'aime pas se faire parasiter. Ce que regrette l'encadrement de l'équipe américaine. «J'entends trop de voix et ne parviens plus à écouter la mienne», se plaint l'indomptable prodige, fervent autodidacte. «Du coup, je retourne parfois écouter ma voix d'enfant qui me fait faire des bêtises.» Des bêtises qui se traduisent par des fautes qui coûtent cher et qui l'ont empêché de «boucler le dossier Coupe du monde avant les Mondiaux», comme il s'était mis à l'espérer lorsque, touché par la grâce, il enquillait les victoires avec une aisance frisant l'insolence. Hormis ces deux médailles d'or aux Mondiaux de Bormio, Miller n'a plus remporté de course depuis sa victoire au slalom de Sestrières le 13 décembre dernier. Comme victime d'irrégularité chronique.

De son côté, Benjamin Raich, toujours aussi placide, est plus que confiant. Même si la réalité du classement lui fait dire que Miller reste le favori, le jeune Autrichien se sent des ailes depuis ses cinq médailles de Bormio. Toujours aussi performant en slalom, il prend de l'assurance en vitesse. Il est même parvenu à faire mieux que son rival en super-G la semaine dernière en Norvège. «Je me sens bien et je pense pouvoir marquer des points également dans les épreuves de vitesse, avoue Raich. Je me concentre sur mes courses et ne pense pas à Bode. Il skie différemment, trop vite pour nous et parfois aussi pour lui.» Allusion au fait que l'Américain semble actuellement incapable de terminer un géant ou un slalom. Cette finale sera le combat entre la fougue et la prise de risque calculée.