Benjamin Raich. Plus personne n'ignore désormais l'existence de ce jeune prodige autrichien. Il y a plusieurs raisons à cela. La première a trait à l'apparence du garçon: un gros bébé rose. La seconde à son palmarès. Apparu pour la première fois cette saison en Coupe du monde, Benjamin Raich a déjà escaladé cinq fois le podium. Deux victoires en slalom à Schladming et Wengen; une autre en géant à Flachau; et deux troisièmes places à Kranjska Gora (slalom) et Adelboden (géant). Enfin, le personnage est modeste, ce qui le rend plutôt sympathique.

«Big Ben» comme le surnomment ses coéquipiers, fêtera ses 21 ans le 28 février. Encore célibataire, il a commencé à skier en 1981, à trois ans. «Mon père a été mon premier entraîneur, se souvient-il. Je me rappelle que j'ai remporté ma première victoire à l'âge de 5 ans. Bien plus tard, j'ai été cinq fois champion du monde juniors (n.d.l.r.: dont trois fois la saison dernière) et j'ai gagné aussi trois Coupes d'Europe en 98-99: le général, le classement du slalom et celui du géant.» Vous avez dit impressionnant?

Son palmarès, le skieur d'Arzl l'évoque sans forfanterie aucune. Comme si la chose était naturelle. «Je vous arrête. Je ne suis pas une superstar telle que l'a été Alberto Tomba ou comme le sont actuellement mes coéquipiers Thomas Stangassinger ou Hermann Maier. J'ai bien conscience d'exploser cette saison, mais le plus dur reste à faire: demeurer au sommet. Et là, rien n'est acquis.»

Confortablement installé dans un fauteuil cuir d'un majestueux hôtel de Beaver Creek, près de Vail, Benjamin Raich se laisse aller à parler de lui: «Mon père a cessé ses activités au sein de l'équipe nationale d'Autriche. Désormais, il s'occupe de ma préparation et de celle de ma sœur Karin, qui évolue en Coupe d'Europe.» Pêle-mêle, on apprend encore au fil de la discussion que le plat préféré du «gamin» est la pizza. Qu'il écoute volontiers la musique de Nirvana. Que ses hobbies sont le vélo, l'escalade et le saut à l'élastique. Que l'argent n'est pas capital à ses yeux: «Il en faut pour vivre correctement, mais je ne sais pas encore ce que je ferai en fin de saison avec tout ce que j'ai gagné.» Enfin, qu'il exerce le métier de… soldat. «A temps partiel évidemment», précise-t-il.

On en vient alors à parler de l'équipe d'Autriche et d'Hermann Maier. Y a-t-il une forte rivalité entre lui et vous? «Il y a de la rivalité, évidemment, mais elle est saine. Pas de haine, je vous rassure. Le fait que nous soyons très proches en performance ne peut être que positif pour l'équipe. De toute manière, battre Hermann n'est pas un objectif pour moi. Ce qui compte à mes yeux, c'est d'être devant tout le monde.» Même son de cloche pour «Herminator»: «Benjamin skie sur un nuage, sans pression. Comme c'était le cas pour moi la saison dernière. Tout lui réussit pour l'instant, tant mieux.» Hermann Maier ne cache toutefois pas que son jeune coéquipier est plutôt du genre individualiste. Assurément, ces deux-là ne partiront pas en vacances ensemble.

Evoquer Benjamin Raich équivaut à parler aussi de ses qualités athlétiques et techniques. Vainqueurs de 11 Coupes du monde en tout (dont 5 fois le classement général), Marc Girardelli, véritable légende du ski alpin, analyse ces éléments. «Raich n'est pas aussi fort physiquement qu'Hermann Maier, estime l'Austro-Luxembourgeois reconverti dans le journalisme. En revanche, il est très élégant. Il me fait penser à l'Autrichien Rudi Nierlich (n.d.l.r.: 8 victoires en Coupe du monde entre 88 et 91). Comme Benjamin Raich est relativement léger (n.d.l.r.: 1,78 m pour 70 kilos), ses mouvements sont plus rapides, plus réactifs. Il possède une formidable accélération. Franchement, ce gars m'impressionne.»

Des compliments qui ne nous empêchent pas de manifester une certaine inquiétude quant à l'avenir du prodige. Son «explosion» nous fait penser à l'ascension météorique qu'avait connue l'Italien Piero Gros, vainqueur à l'âge de 18 ans de sa première épreuve de Coupe du monde (1972) et sorti pratiquement par la petite porte trois ans plus tard après un ultime triomphe décroché à Kitzbühel. Les talents précoces ne tiennent pas forcément sur la durée. Benjamin Raich sera-t-il l'exception qui confirme la règle?