On ne peut s'empêcher d'être content pour lui. Bernard Stamm vient de battre le record de l'Atlantique en équipage et en monocoques. Le navigateur vaudois avait vu son rêve de Vendée Globe se briser le 9 novembre dernier lorsqu'une avarie de pilotes automatiques et une barre arrachée l'avaient contraint à abandonner après neuf jours de course et alors qu'il occupait la quatrième place. La déception était d'autant plus grande que son monocoque, construit sans le sou de ses propres mains, avait pu montrer qu'il n'avait rien à envier aux autres bateaux. C'est la préparation hâtive due au manque de moyens qui l'a trahi.

Rebondir après la déception

Il aurait pu, comme d'autres l'ont fait, s'arrêter, bricoler et repartir hors course pour terminer son tour du monde en solitaire. Mais il ne voulait pas de ça. «Faire un long convoyage ne m'intéressait pas. Je me suis plié à la réalité et j'ai vite digéré ma déception avec l'envie de rebondir», précise Stamm.

Il n'a pas perdu son temps. Après avoir réparé les pilotes automatiques et rafistolé la barre au Cap-Vert, il a demandé à son préparateur technique et ami, François Scheek, de convoyer le bateau jusqu'à New York. Avec deux autres équipiers, Christophe Lebas et Jean-Baptiste L'Ollivier, ils ont attendu au pied des gratte-ciel la bonne fenêtre météo avant de s'élancer à l'assaut du record de la traversée de l'Atlantique en équipage et en monocoques détenu par Loïck Peyron sur Mari-Cha III, un géant de 135 pieds (environ 45 m). Partis le 28 janvier, ils devaient, pour réussir, arriver au cap Lizard (Angleterre) avant mardi 14 h 38 TU. Pari tenu, le voilier bleu (18 m 24) du Vaudois a franchi la ligne à 11 h 34'35'' TU, après 8 jours 20 heures 55 minutes et 35 secondes de mer, battant le record précédent de 3 heures 2'42''.

«C'était chaud! Nous étions à fond tout le temps. Le bateau va super bien. Il a un potentiel terrible», se félicite Stamm quelques heures plus tard. Loïck Peyron sur Mari-Cha III, qui avait traversé en été, avait pu prendre la route directe et avait parcouru 3127 milles à une vitesse moyenne de 14,48 nœuds par heure. Stamm a dû opter pour un parcours plus long. Le voilier du navigateur suisse a parcouru 3250 milles à une vitesse moyenne de 15,4 nœuds par heure. «Il n'est pas question en cette saison hivernale de prendre la route orthodromique et de s'approcher de Terre-Neuve», explique le météorologue Pierre Lasnier, routeur de Bernard Stamm sur ce record, qui fut également celui de Loïck Peyron.

Une grosse frayeur

Le Vaudois et ses équipiers ont eu quelques frayeurs, notamment peu de temps avant l'arrivée lorsque la tête de la quille pendulaire a lâché et que le bateau est resté couché sur le flanc pendant une heure et demie par un vent de 50 nœuds.

«Nous avons cassé tout ce que nous devions casser, raconte le blond marin. Cela fait partie du programme de fiabilisation. Une fois que tout cela aura été réparé et optimisé, ce sera un bateau supersonique! Plus que le record en soi, c'est le fait d'avoir pu rebondir qui me réjouit. Car quatre ans de travail pour neuf jours de course, c'était un peu léger, souligne-t-il encore. Et puis, ce fut une expérience nouvelle. J'ai pu découvrir la navigation en équipage et le fait de privilégier la vitesse en permanence. C'était sympa!.»

Cette performance pèsera sûrement lors de ses prochaines négociations avec ses sponsors en vue d'un engagement de leur part qui devrait lui permettre non seulement d'éponger les dettes engendrées par la construction du bateau, mais aussi d'obtenir un budget de fonctionnement pour participer aux épreuves du circuit des monocoques de 60 pieds. Avec comme point d'orgue de la saison 2001, la Transat en double entre Le Havre et Bahia (Brésil) en novembre prochain.