«Ca va mieux.» Véronique Guillou, l'attachée de presse de Bernard Stamm, est encore époumonée. Il est 17 heures et elle a passé son lundi à attendre fébrilement à côté de son téléphone. Une journée interminable que son protégé a passée dans la coque retournée de son bateau, en plein Atlantique Nord, à 350 milles au large de Terre Neuve. «Ça y est. Il a été récupéré par le canot de sauvetage d'un pétrolier!, lance-t-elle avec un profond soulagement. J'attends de parler à Bernard pour savoir dans quel état est le bateau et s'il est récupérable. Jusqu'à maintenant, on a surtout pensé à lui.»

Tout commence au petit matin, à 5 heures 45 environ, lorsque Mark Turner, l'organisateur de la transat anglaise (course en solitaire entre Plymouth et Boston, rebaptisée The Transat), reçoit un coup de fil de Bernard Stamm. Le Vaudois, alors en tête de la flotte des monocoques de 60 pieds, lui révèle être alerté par des problèmes de quille. Cette dernière vibre alors que le bateau navigue dans une mer déchaînée et des vents de 45 nœuds. Stamm avoue avoir pris la décision de ralentir pour limiter les effets vibratoires. Cette information inquiète le personnel du PC de la course à Cowes (Angleterre) qui, depuis deux jours, enregistre de nombreuses avaries au sein de la flotte qui traverse des conditions particulièrement musclées.

Vers 7 heures 25, nouvel appel de Bernard Stamm à Mark Turner. Cette fois, le navigateur est en sérieuse difficulté. «D'une voix très calme, il m'a expliqué que son bateau était couché sur l'eau, que le mât était intact, mais qu'il pensait que la quille était cassée, raconte l'organisateur à la presse lors de la vacation radio de la mi-journée. Il était en train de mettre sa combinaison de survie.» Une heure et quart plus tard, Mark Turner apprend que Bernard Stamm a déclenché sa balise de détresse. C'est le MRCC (centre de sauvetage maritime de Halifax, Canada) qui lui relaie l'information. «Le fait qu'il ait déclenché sa balise signifie qu'il est à l'intérieur de son bateau», tente de se rassurer l'organisateur de la course.

A partir du moment où un navigateur déclenche sa balise de détresse, cela signifie qu'il fait appel à une assistance extérieure. «Connaissant Bernard, qui a quand même mis deux heures avant de la déclencher, c'est que la situation est critique. Ce n'est pas un coup de tête», insiste Véronique Guillou. A peine alerté, le MRCC de Halifax envoie immédiatement un avion Hercule pour survoler la zone et tenter de repérer le voilier du Suisse. Parallèlement, deux cargos, un pétrolier et un patrouilleur, sont déroutés pour aller porter secours au navigateur. Il se passe plusieurs heures, très longues, avant que l'avion ne repère enfin la petite coque retournée et parvienne à entrer en contact avec Stamm, s'assurant qu'il est bien sain et sauf. Puis encore plusieurs heures avant que le pétrolier Emma ne puisse lancer un canot de sauvetage à l'eau pour aller récupérer le marin. Car lorsqu'il arrive sur zone, la mer est encore trop démontée et le vent trop violent pour envisager l'opération. Il est 17 heures passées lorsque le vent, descendu à 30 nœuds, permet le sauvetage de Bernard Stamm. Après avoir regagné la terre ferme, ce dernier va devoir décider s'il est raisonnable ou non d'aller récupérer son voilier. La même mésaventure était arrivée à Laurent Bourgnon en 1996 sur cette même transat anglaise. Le navigateur franco-suisse avait été récupéré, son équipe technique étant ensuite partie à la rescousse de son trimaran retourné, en dérive au milieu de l'Atlantique. Une opération laborieuse mais réalisable. Tout dépend de l'état du voilier. Bernard Stamm va probablement tout faire pour tenter de récupérer ce qu'il reste de son bateau. Mais il n'est pas exclu qu'il doive mettre une croix sur le Vendée Globe, dont le départ sera donné le 7 novembre prochain aux Sables d'Olonne.

Bernard Stamm n'est pas le seul à avoir des malheurs sur cette transat. Stève Ravussin a été contraint de sérieusement lever le pied depuis deux jours. Le bras de liaison de son trimaran étant fissuré, il préfère ne pas prendre le moindre risque et se rend tranquillement à Boston. Le Vaudois a évidemment eu une pensée émue pour son ami. On se souvient qu'il avait également chaviré à quelques centaines de milles de l'arrivée de la dernière Route du Rhum alors qu'il cavalait en tête.