Les explications scabreuses n'ont pas manqué samedi après-midi au Kursaal de Berne. Comme si les vingt présidents et les dirigeants de la Ligue nationale se faisaient un point d'honneur de brouiller une fois encore les pistes pour mieux faire avaler les décisions adoptées lors de leur assemblée générale. En réalité, le passage en ligue nationale A (LNA) à 12 équipes est le seul véritable changement à retenir, par rapport à la situation qui prévaut actuellement. Un chiffre qui devrait aussi s'appliquer à la ligue nationale B (LNB), pour autant que des candidatures valables remplissent les critères, un pari qui est loin d'être gagné. La LNA restera une ligue ouverte, la LNB restera son antichambre. Les appellations de «Ligue nationale» (pour la LNA) et de «Ligue Elite» (pour la LNB) sont enterrées avant même d'avoir vu le jour.

Côté gagnants, les seconds couteaux de LNA peuvent fanfaronner. Davos, Fribourg, Langnau et Rapperswil ont assuré samedi leur maintien. Kurt Locher, administrateur de la Ligue, s'est lancé dans une déconcertante démonstration orale, expliquant comment la relégation serait maintenue cette année. Certes, mais tout relégué sera prioritaire dans sa demande pour faire partie de la LNA. En langage clair, les play-out (s'ils sont maintenus) ne servent à rien et la lutte contre la relégation est tout simplement supprimée. Qui veut-on bien tromper?

Au soir du 26 novembre, lorsque ces mêmes pontes avaient annoncé leur révolution à une infime majorité de 11-9, les camps étaient bien distincts, entre partisans et opposants des réformes. Cette fois-ci, un compromis typiquement helvétique a été trouvé et finalement adopté à l'unanimité, 20 voix à 0. Pour Christophe Piguet, président du Lausanne Hockey-Club, «il s'agit certes d'un pas en arrière par rapport à novembre, mais bien d'un pas en avant eu égard aux conditions actuelles. C'est un succès et non une défaite…» Pourtant, le club lausannois figure incontestablement dans le camp des perdants. D'après les critères présentés à Berne, les deux nouvelles places en LNA seront proposées aux équipes figurant aux deux premiers rangs de LNB (Coire et La Chaux-de-Fonds) ou aux deux finalistes des play-off. Corollaire: pour accéder à la LNA, les Vaudois devront impérativement remporter les play-off! «Je me suis battu pour que toutes ces décisions ne soient appliquées que dans une saison, cela aurait été plus correct», regrette Christophe Piguet, qui ne ferme pas toutes les portes. Le choix de l'assemblée des actionnaires du LHC, prévue pour le 7 février, pourrait se voir repoussé au 28 février, pour approfondir la situation avant de se porter candidat.

De là à prévoir le HC La Chaux-de-Fonds en LNA, il n'y a qu'un pas. «Mais nous devons réunir 800 000 francs de capital-actions d'ici au 28 février», lâche le manager Jean-Claude Wyssmüller. Et accessoirement gommer quelque 2 millions de francs de dettes. Toujours est-il que le puck est dans le camp des Neuchâtelois. De son côté, la délégation genevoise a répété, par son président Marco Torriani, qu'elle ne présenterait pas, sauf miracle, de dossier cette année, mais qu'elle allait «massivement investir pour la saison prochaine».

L'incertitude sur le nombre d'équipes en LNB est de mise. Le HC Ajoie a fait part de ses intentions, sérieuses. Bâle, Langenthal, Villars, Saas Grund, Forward Morges et Star Lausanne aussi, certaines candidatures étant d'avance considérées comme «humoristiques» par l'administrateur de la Ligue, Kurt Locher. Au cœur de la critique, le président de la Ligue, Franz A. Zölch, faisait mine de se montrer satisfait. «Avec 12 équipes en LNA, nous atteignons un équilibre sportif et économique. Les progrès sont là. L'an prochain, tous les clubs de Ligue nationale seront forcément une société anonyme.» Partisan de la révolution, Beat Kaufmann, manager de Lugano, se montrait partagé. «C'est un pas dans la bonne direction, mais il n'est pas suffisant. Je regrette que plusieurs dirigeants ne soient pas restés fidèles à leurs idées.» Et Beat Kaufmann de regretter la pression conjuguée des médias, des clubs de LNB et de la presse. «Même l'Association olympique suisse s'en est mêlée!»

Depuis plusieurs saisons, les incessantes volte-face, la création de sociétés anonymes, la suppression et la réintroduction de la relégation ainsi que d'autres changements cosmétiques n'ont pas résolu les problèmes économiques des clubs suisses. Sans une prise de conscience générale et un plus grand sérieux dans les décisions de dirigeants qui ne prêchent que pour leur paroisse, le passage à 12 équipes en LNA et en LNB rejoindra lui aussi le rayon des anecdotes.