Ils sont partis à deux, ils continueront à deux. Deux semaines après l'annonce du recentrage du projet de «Zurich-Grisons» sur la région de Davos, le groupe de travail «Berne-Montreux» a présenté à son tour son nouveau dossier en vue d'une candidature à l'organisation des Jeux olympiques d'hiver de 2010, jeudi à Berne. Un dossier qui s'appuie sur une concentration accrue des sites de compétition, et qui devra désormais convaincre les dirigeants du sport helvétique de sa fiabilité d'ici au 5 septembre, date de leur prochain vote.

Des directives strictes

«En quelques mois, il nous a fallu revoir une partie de nos plans, explique Jean-Pierre Seppey, le responsable du projet de «Berne-Montreux.» Après la décision de son comité exécutif de renvoyer les deux groupes de travail à leur copie, en décembre passé, l'Association olympique suisse (AOS) nous a transmis des directives strictes. Nous avons notamment l'interdiction de répartir les sites sur plus de trois régions, et de situer des lieux de compétition à plus de 100 kilomètres de la ville hôte, exception faite de la piste de bob.» Exit donc Meiringen (ski acrobatique), Monthey (hockey sur glace dames), Kandersteg (combiné nordique), Martigny (patinage de vitesse), Lucerne (short-track), mais aussi Engelberg et Grindelwald, en ballottage avec respectivement Gstaad pour le saut à skis et Leysin pour le snowboard. Enterré, le projet de JO sur cinq cantons et treize sites.

Le nouveau canevas, solide, se concentre sur un canton de moins (Lucerne), trois régions (Montreux – Berne – Fribourg), et neuf sites. Avec quelques nouveautés importantes. Ainsi, Leysin accueillerait non seulement les compétitions de snowboard, mais aussi celles de ski acrobatique. Lausanne, sélectionnée à l'origine pour le curling, se voit désormais confier le patinage artistique. Et surtout, même si six des neuf sites se situent en Suisse romande – en plus de la cérémonie de clôture programmée à Vevey –, Berne prend de plus en plus de place.

La capitale fédérale, qui ne devait organiser qu'une partie des épreuves de curling, cumule dorénavant cette discipline, une partie des compétitions de hockey et le patinage de vitesse, qui aurait pour cadre une structure provisoire sur le terrain du Neufeld. De surcroît, forte de sa réputation internationale, elle jouera le rôle très officiel de ville hôte et de lieu de résidence des membres du CIO, tout en accueillant la cérémonie d'ouverture dans le nouveau stade du Wankdorf en projet, ainsi que le centre des médias (à la BEA) et le village olympique. «Nous avions prévu une structure provisoire pour ce village à Saint-Légier, désamorce Jean-Pierre Seppey. Mais la ville de Berne a un projet de complexe de loisirs et de vacances fixe dans le quartier de Brünnen. Ce lieu ferait parfaitement l'affaire.»

Pas question, en revanche, de concentrer encore davantage le plan des sites, ou de revenir à un projet essentiellement romand. «D'une part, argumente l'ancien secrétaire général de Sion-Valais 2006, 90% des membres du parlement de l'AOS qui voteront le 5 septembre sont des Alémaniques. D'autre part, une candidature supracantonale comme la nôtre, qui s'appuie en plus sur un grand nombre d'infrastructures existantes, diminue la participation financière des cantons et nous évite de perdre de l'énergie dans des votations populaires. L'investissement prévu de 15 millions de francs du canton de Vaud, par exemple, est inférieur au minimum requis dans le canton pour un référendum financier obligatoire.»

Du coup, le chef de projet prévoit de mettre une bonne partie de son énergie dans le lobbying jusqu'au 5 septembre, date à laquelle la quarantaine de membres du Parlement suisse du sport décidera s'il y a lieu de présenter une candidature helvétique pour les Jeux de 2010. A ce petit jeu-là, l'équipe de Berne-Montreux possède une bonne longueur d'avance sur ses concurrents grisons. Non seulement la première a déjà présenté son dossier à la plupart des votants, mais le groupe de travail grison sera suspendu au résultat d'une votation populaire sur la participation financière du canton le 2 décembre, en cas de victoire devant l'AOS. «Or, explique un politicien grison, je vois mal la population accepter cet objet après avoir refusé en septembre passé un crédit de 7 millions de francs pour les Mondiaux de ski de 2003, attribués à Saint-Moritz.»

En attendant cette échéance, les deux groupes de travail devront rendre leur dossier le 30 juin prochain. Le comité exécutif de l'AOS, qui a déjà exprimé sa satisfaction de voir les projets concentrés, prendra position le 28 août. Mais ses membres suivront avec grande attention l'attribution des Jeux d'été de 2008 par le CIO, le 13 juillet prochain. Si Paris ou Istanbul l'emportent, après Athènes (été 2004) et Turin (hiver 2006), l'Europe aura obtenu les trois éditions des JO précédant celle de 2010. «Dans ce cas-là, il est possible que l'AOS décide de renoncer à une candidature pour 2010, remarque Jean-Pierre Seppey. Mais nous nous sommes mis d'accord avec le groupe de travail grison pour lui demander qu'elle choisisse alors l'un des deux projets pour 2014. Cela éviterait les dépenses inutiles, et permettrait à l'équipe retenue de travailler sereinement.»