A 74 ans passé, Bernie Ecclestone ne veut pas entendre parler de retraite. Toujours passionné – malgré tout – par la course automobile, cet infatigable businessman, ne voit aucune raison de passer la main, même s'il a mis sa famille à l'abri du besoin pour plusieurs générations. Il a retrouvé la forme après plusieurs pontages coronariens et ne conçoit pas de rester inactif. «D'ailleurs ma femme Slavica et mes filles Tamara et Petra verraient sans doute d'un mauvais œil de m'avoir tous les jours à la maison.» C'est que ce petit bonhomme anglais, resté fidèle à la coupe Beatles même si sa crinière a blanchi, né à Ipswich, dans le Suffolk, au mois d'octobre 1930, n'est pas du genre à se dorer au soleil, un cigare dans une main, une bière dans l'autre. D'ailleurs, Bernie Ecclestone ne fume pas, ne boit pas. Il travaille. Et l'idée qu'il faudra dénicher au moins une bonne demi-douzaine d'hommes d'affaires avertis pour lui succéder ne lui déplaît pas.

Malgré ses ennuis du moment et un avenir qui s'annonce moins rose que le demi-siècle passé sur les circuits, Bernie Ecclestone ne veut pas désarmer. D'ailleurs il possède une «concession» de la Fédération internationale de l'automobile (FIA) valable jusqu'au 31 décembre 2010 (!). Et, précise Max Mosley, son président, «Monsieur Ecclestone (ou toute autre société propriété de sa famille) a, aux termes de cette concession, le rôle d'exploiter les droits commerciaux du Championnat de Formule 1.» En contrepartie, il doit reverser une partie des bénéfices à la FIA. Mais le secret absolu est de rigueur concernant les sommes engrangées chaque saison par la FIA. Reste que si la Formule 1 est devenue un spectacle parfaitement rodé et un business aussi juteux en si peu d'années, c'est bien à Bernie Ecclestone qu'elle le doit.

Incroyable destin

C'est le résultat d'un incroyable destin pour cet homme parti de rien. En quittant le lycée, Bernard Ecclestone (il deviendra Bernie sur le circuit) n'a pas le moindre diplôme en poche et aucun plan de carrière. A l'âge de sa majorité, il sait simplement qu'il aime vendre, acheter et vendre à nouveau tout et n'importe quoi. Il est également passionné par les sports mécaniques. Ainsi, il s'oriente d'abord vers la moto, meilleur marché que la course automobile. Il triche sur son âge pour obtenir sa première licence et fréquente le circuit de Brands Hatch, proche de Londres et de son domicile. Histoire de rentabiliser ses loisirs de pilote amateur, il a l'idée de se lancer dans le commerce de motos avec un associé, puis dans l'importation de pneus. Comme les affaires marchent plutôt bien, Ecclestone investi ses premiers bénéfices dans une concession d'automobiles, mais aussi dans l'achat d'une petite monoplace. A l'âge de 20 ans, il se laisse tenter par la compétition automobile, mais l'Anglais n'est pas un foudre de guerre. C'est encore dans le business qu'il se montre le plus efficace. En 1957, Ecclestone est devenu un jeune homme d'affaires prospère. Il propose à Stuart Lewis-Evans, un jeune pilote avec lequel il s'est lié d'amitié, de devenir son patron d'écurie – en lui fournissant une monoplace – et du même coup son manager. Ecclestone a trouvé sa voix, mais Lewis-Evans se tue en course l'année suivante et l'Anglais disparaît presque aussitôt des circuits.

Il n'y revient qu'en 1966. Ce «trou» dans la biographie de Bernie Ecclestone conforte ses détracteurs et entretient la légende selon laquelle l'Anglais devrait sa première fortune aux bénéfices de l'attaque du train postale Glasgow-Londres en 1963. Ecclestone préfère en plaisanter, affirmant qu'il ne se serait pas mouillé pour aussi peu d'argent, quand il n'attaque pas en justice ses accusateurs.

Prêt à rebondir

Lorsqu'il revient sur un circuit renifler l'odeur de l'huile de ricin, Bernie se présente comme le manager de Jochen Rindt. L'Autrichien est un pilote prometteur. Ecclestone et Rindt s'associent, mais là encore le destin se montre cruel. Alors qu'il est sur le point d'être sacré champion du monde sur une Lotus, en 1970, Rindt se tue à Monza laissant Ecclestone désemparé.

Mais cette fois, l'homme d'affaires anglais décide de rebondir. Il revend la plupart de ses affaires extra-sportives et consacre une partie de son argent au rachat de l'écurie de l'Australien Jack Brabham. A partir de 1971, il s'installe définitivement dans le milieu de la F1 dont il va devenir l'homme le plus puissant et le plus influent.

Parallèlement, les propriétaires d'équipes tentent de former un bloc face aux organisateurs qu'ils jugent trop pingres lorsqu'il s'agit de leur faire payer leurs primes d'engagement. D'abord secrétaire d'une petite association appelée F1CA, Ecclestone en prend bientôt les commandes et la rebaptisera FOCA (pour Formula One Constructors Association). Il ne tarde pas à faire remarquer ses talents de redoutable et surtout d'intraitable négociateur. Peu à peu, il s'approprie tous, mais absolument tous, les aspects commerciaux de la F1 et crée une nébuleuse de sociétés pour en assurer la gestion. Très vite, Ecclestone peut revendiquer haut et fort d'avoir fait des «petits assembleurs» de la F1 d'antan un club de millionnaires en dollars, notamment grâce aux droits des retransmissions télévisées qui ont explosé depuis la fin des années 80. Ce sont pourtant ces mêmes droits télés, en partie revendus depuis, qui risquent de lui «gâcher» sa fin de carrière. Mais Bernie Ecclestone n'aime rien tant que le combat rapproché, surtout quand des millions de dollars sont en jeu. Les récents accords signés avec la puissante écurie Ferrari prouvent que Bernie n'a pas dit son dernier mot.