Bertram Allen, le jockey au royaume des cavaliers

Hippisme Le frêle Irlandais bat des records de précocité. A 19 ans, il tient la tête du classement de la Coupe du monde

Un petit visage émacié sur un corps chétif, Bertram Allen fait passer le commun des jockeys pour un mastodonte. Il vient de la patrie des pur-sang et partage leur physique frêle et leur goût pour la vitesse. Comme eux, surtout, il est précoce. L’an passé, il est devenu à 18 ans le plus jeune cavalier de l’histoire à prendre le départ d’une Coupe des nations. Et a intégré dans la foulée le top 20 mondial.

La progression du poulain culotté s’est accélérée cet hiver en Coupe du monde puisque grâce à une deuxième place à Zurich et à deux victoires à Vérone et à Bordeaux, il a pris la tête du classement de la très sélective ligue de l’Europe de l’Ouest. Parmi l’élite qui a en moyenne plus de deux fois son âge.

Dans la famille Allen, on cultive la passion des hippodromes. Comme ses six frères et sœurs, Bertram a fréquenté les poneys clubs dès son plus jeune âge. Et très rapidement les places de concours sous la houlette d’une des plus fameuses cravaches de l’armée irlandaise, le capitaine Con Power. Le jour de ses 15 ans, il devient champion d’Europe poney.

En parallèle, il prépare déjà son passage à cheval sous la houlette de son compatriote Billy Twomey. Le cavalier basé en Angleterre entraîne la graine de champion et prépare pour lui de jeunes montures très prometteuses: Romanov et Molly Malone. C’est sur ces chevaux que Bertram domine aujourd’hui le circuit.

Entraîné par Marcus Ehning

Bertram Allen devient encore champion d’Europe junior par équipe en 2012 et médaillé d’argent en individuel en 2013. A 16 ans, il déménage en Allemagne où ses parents acquièrent pour lui les anciennes installations de Jessica Kürten près de Düsseldorf. Billy Twomey adresse alors son poulain à un des meilleurs pilotes du circuit: Marcus Ehning.

Contrairement au numéro un mondial britannique Scott Brash, presque autodidacte, Bertram ­Allen a été débourré par les meilleurs. Sa réussite a été planifiée et anticipée. C’est le cas d’autres bébés-champions comme le Suisse Martin Fuchs ou l’Américaine Reed Kessler. Le lutin irlandais peut aussi compter sur le soutien de sa famille. Propriétaire d’une compagnie de viande de bœuf, son père fait partie des plus grosses fortunes du pays.

Bertram Allen a reçu tout ce qu’un champion peut désirer, mais il est incontestablement aussi très doué. Il a pour les distances un œil très sûr et semble capable de garder la tête froide en toutes circonstances. Il est aussi pourvu d’un culot inversement proportionnel à sa taille. Qui lui a permis de prendre plus d’une seconde d’avance sur Ludger Beerbaum dans le barrage de la Coupe du monde de Bordeaux ou de gagner la chasse pour sa première participation aux jeux équestres mondiaux l’an passé en Normandie.

Un ado au top

Finalement, l’Irlandais passerait presque déjà pour un vieux briscard des paddocks s’il n’y avait son compte Facebook. Bertram y a posté des dizaines de photos de sa jument grise Molly Malone: Molly qui rue dans son parc, qui fait la grimace, qui porte une petite peluche accrochée au licol… Le tout commenté quasi exclusivement par des émoticônes. C’est incroyable, mais vrai, un ado cavalier domine le circuit.