La plus belle image de la victoire de Bertrand Bossel, samedi soir à Palézieux (VD), il fallait aller la dénicher dans les yeux pétillants et le sourire radieux de sa compagne, Delphine Veillard. La jeune femme avait suivi la performance de son homme contre le Français Guillaume Tajan loin des 500 spectateurs, depuis le balcon de la salle polyvalente qui servait de théâtre au meeting mis sur pied par le Boxing Club Châtel-Saint-Denis (8 combats amateurs, 2 professionnels).

«Je suis évidemment soulagée, confiait-elle. Bertrand est revenu à un style plus vif, rapide et enchaîné, qui lui correspond davantage que la recherche du coup décisif. Cela dit, avant le match, j'étais inquiète quant à son mental. Il ne se montrait pas très positif ces derniers temps, et dormait mal.»

Angoisses et douleurs

La raison? Trop de stress et de travail pour lui et la petite équipe qu'il dirige, en tant que chef magasinier chez UCB Farchim, à Bulle. L'intéressé le confirmera lui-même: «J'ai eu des angoisses nocturnes, je me réveillais sans cesse. J'ai fait appel à une spécialiste de shiatsu afin de me calmer.»

Ainsi, une brève visite dans le vestiaire du poids coq fribourgeois (54 kg), trois heures avant son rendez-vous avec Guillaume Tajan, de sept printemps son cadet (21 ans), ne se révéla guère rassurante. «Je ne me sens pas terrible, plutôt nerveux…» En prime, des douleurs au ventre. Son manager, Jimmy Dousse, s'efforcera de décontracter le pugiliste.

Quatrième succès

Entre les quatre cordes du ring, heureusement, ce fut une autre chanson. On a vu un Bossel prendre le match en main, assumer l'initiative des attaques, refuser de reculer, tourner dans le bon sens (à droite) histoire de placer son gauche naturel et réussir de belles esquives. Le tout pour un succès aux points à l'unanimité des trois juges, au terme des 6 rounds de 3 minutes. Sa quatrième victoire en cinq combats «pros» (un nul), et une rentrée 2005 presque parfaite. N'étaient ces crochets décochés gants ouverts par précipitation.

A l'heure de l'interview, le Bertrand Bossel crispé s'était mué en boxeur heureux, délivré de ses tensions, le visage même pas marqué (juste une entaille au cuir chevelu due à un choc tête contre tête). «Tajan possède une bonne droite, il aurait pu me descendre sur un seul coup. Alors, je me suis appliqué à bloquer ses contres, à ne pas trop appuyer mes enchaînements pour éviter de lui fournir une opportunité. J'ai pris le temps d'analyser mon adversaire au lieu de lui «rentrer dedans». Je crois que ma gestion tactique d'un match est meilleure qu'avant.»

Verdict à l'arraché

Le second professionnel suisse engagé à Palézieux, le super-moyen genevois Sofiane Sebihi (75,5 kg), ne pourra pas en dire autant. Lui qui, plus grand et plus puissant que son opposant français Issa Hamza, se laissa curieusement embarquer dans un combat rapproché. Une victoire à l'arraché, certes – un verdict de parité aurait semblé équitable –, mais peu convaincante eu égard à son talent reconnu. La boxe, on le sait, est un long apprentissage.