«Une journée de repos, c'est une étape comme une autre avec le stress de la compétition en moins. On est content quand elle arrive.» Bernard Thévenet, vainqueur de la Grande Boucle en 1975 et 1977, a couru en 1970 l'une des rares éditions du Tour de France de l'après-guerre sans jour de relâche. Il souligne l'importance que peut revêtir ce break – qui n'en est pas un – à la fois fourbe et apaisant. Après avoir franchi les Alpes et avant de s'attaquer aux Pyrénées, dès samedi, les membres du peloton ont un souci en tête: soigner leur organisme. A cet égard, l'alimentation des coureurs est d'une importance capitale.

La fonction digestive troublée

«Le Tour se gagne au lit», avait affirmé Fausto Coppi après son triomphe de 1952. Et s'il se gagnait aussi dans l'assiette? Le peloton sillonne la France, ce banquet géant et séducteur, sans goûter à l'andouillette de Troyes ni tâter les pieds de porc au piment d'Espelette. Les seuls écarts concernent le classement général. Ce qui peut sembler absurde au gourmet est logique pour d'autres. «Les efforts accomplis sous la canicule débouchent facilement sur des troubles de la fonction digestive», explique Denis Riché, pape de la diététique et conseiller auprès de l'équipe Festina entre 1993 et 1997. «Les intestins, c'est le maillon faible du sportif de haut niveau.»

Le cyclisme est une affaire de boyaux, nul scoop à l'horizon. Mais comment ne pas les froisser? Les liquides glacés ou gazeux sont proscrits au profit de boissons améliorées en minéraux – potassium, magnésium – et en oligo-éléments – zinc, cuivre. Et on ne se nourrit pas à la carte. Le matin, il faut stocker les glucides à grand renfort de pâtes, riz ou céréales, en y ajoutant quelques protéines via du jambon ou des viandes blanches. En course, pâtes de fruits, barres de céréales et concentré de glucose sont glissés dans les musettes ou dans la boîte à gants des directeurs sportifs. A l'arrivée, le coureur se réhydrate en fonction de la dureté de l'étape. Et avant d'aller dormir, il se refait une santé avec des crudités et des pâtes; des légumes verts et des fruits, bien cuits et bien mûrs, parce qu'ils nettoient les toxines emmagasinées; et un dessert lacté en guise de bonne nuit.

Les champions avalent-ils ce régime répétitif? «Ils ont pleuré pour être sur ce Tour de France et ils veulent arriver à Paris, alors ils sont très stricts, davantage que le reste de l'année», dit Jean-Jacques Menuet, médecin et nutritionniste de la formation Cofidis. Si céder aux avances d'une huître douteuse ou se lâcher sur une platée de frites dorées est déconseillé, les coureurs ont tout de même droit à de menus plaisirs. «Je veille à ne pas introduire des notions trop sévères, reprend Menuet. Le soir, ils peuvent s'offrir une petite part de pizza, un verre de vin ou une pâtisserie.» Pour repartir la panse et le cœur légers.

Car il faut repartir, ce qui n'est pas toujours une mince affaire après une journée dite de repos. «Je faisais partie des coureurs qui n'appréciaient pas la chose, avoue Laurent Jalabert, frais retraité du bitume. Ça casse le rythme, on perd ses points de repère. Je me rappelle un lendemain de jour de repos, dans les Pyrénées, où j'avais les jambes complètement rouillées. Il faut tout faire pour rester dans le rythme de la course.» Entre les repas, les séances de massage, les briefings d'équipe et les interviews, les coureurs vont rouler, histoire de satisfaire cette bonne vieille habitude qui consiste à pédaler et à ne pas dérégler un organisme soumis à cinq ou six heures de surchauffe quotidienne.

Remise dans le bain en douceur

Aujourd'hui, la 11e étape entre Narbonne et Toulouse, sans grande difficulté, devrait leur permettre de se remettre dans le bain en douceur. Et le contre-la-montre individuel de vendredi, qui intéresse surtout les candidats au podium, constituera pour certains une autre opportunité d'en garder sous le pied. «Moi qui ne vise pas le classement général, je ne vais pas me mettre dans le rouge à cette occasion, dit le Vaudois Laurent Dufaux. Je regarde déjà vers la montagne, où la bataille sera à nouveau très rude.» En d'autres termes, celui qui ne sera pas bien dans son assiette paiera l'addition dans les Pyrénées.