Sport étude

Les bienfaits méconnus de l’altitude modérée

Si la vie en haute montagne est dangereuse pour l’être humain, l’altitude modérée a de nombreux effets bénéfiques sur la santé, explique le physiologiste Grégoire Millet, dans la chronique mensuelle de l’Institut des sciences du sport de l’Université de Lausanne (Issul)

«C’est la dose qui fait le poison», avertissait Paracelse, un des pionniers de la médecine dès le XVIe siècle. Le dicton s’applique aussi pour l’altitude. Pour illustrer les dangers de la haute altitude chez l’être humain, il convient de relire la biographie de l’alpiniste fribourgeois Erhard Loretan (Une Vie suspendue de Charlie Buffet, Editions Guérin), avec son long chapelet de décès dans la «zone de la mort» (au-dessus de 7000 m) causés par des œdèmes pulmonaires ou cérébraux ou par des accidents dus à une perte de lucidité.

Sans monter à ces altitudes extrêmes, il suffit de passer une nuit en refuge au-dessus de 3000 m pour y risquer le mal aigu des montagnes avec ses signes cliniques associés (nausées, céphalées, vertiges ou insomnies). L’altitude est globalement associée à la notion de risques pour la santé. Aussi est-on en général extrêmement prudent pour exposer des populations à risques à des altitudes au-dessus de 2000 m, surtout si elles doivent y séjourner et y dormir.

Vivre et vieillir en altitude modérée a des effets globalement positifs sur de nombreux facteurs de risque de mortalité

Néanmoins, de nombreuses preuves cliniques s’accumulent dans les revues médicales sur les bénéfices thérapeutiques particuliers à résider et/ou à faire de l’exercice à faible intensité (en aérobie stricte) en altitude modérée (entre 1000 et 1800 m) en raison des effets de l’hypoxie – c’est-à-dire de la raréfaction de l’oxygène dans l’air et de la diminution de la quantité d’oxygène dans le sang qu’elle engendre. Ainsi, des effets majorés par rapport aux adaptations observées en plaine ont été rapportés pour normaliser la pression artérielle.

Des études récentes ont aussi montré que l’hypoxie, par son aspect anorexigène, s’accompagnait d’une perte de masse grasse plus importante chez des patients obèses. Enfin, l’altitude permettrait de retarder ou de contrebalancer plusieurs pathologies associées au vieillissement. Vivre et vieillir en altitude modérée a des effets globalement positifs sur de nombreux facteurs de risque de mortalité.

Altitude modérée et hypertension

L’hypoxémie modérée, qui correspond à un séjour en moyenne montagne, s’accompagne d’un mécanisme compensateur à la baisse du contenu sanguin en oxygène: on observe une vasodilatation aiguë au niveau microcirculatoire qui augmente la perfusion des tissus périphériques. Ce mécanisme est induit par la production de substances vasodilatatrices (principalement le monoxyde d’azote ou NO) dans l’endothélium des vaisseaux. Combinée avec une activité physique régulière, on observe une action synergique entre exercice et hypoxie, qui permet de compenser la désoxygénation et, à terme, de réduire l’hypertension artérielle ou de limiter la rigidité artérielle associée au vieillissement.

Ces mécanismes sont potentiellement de nature à améliorer la fonction vasculaire périphérique; une recherche clinique (collaboration entre le département d’angiologie du CHUV et l’Issul) est actuellement menée avec des patients AOMI (artériopathie oblitérante des membres inférieurs), c’est-à-dire des personnes dont les artères des jambes sont obstruées.

Plusieurs études ont montré que grâce à l’altitude (hypoxie), on pouvait obtenir les mêmes bénéfices (cardio-respiratoires, condition physique, composition corporelle) qu’un programme d’entraînement en normoxie (en plaine), mais avec une intensité plus faible, par exemple en marchant plus lentement. L’avantage de l’altitude et de la faible intensité est de pouvoir réduire les contraintes mécaniques au niveau ostéo-articulaire, souvent limitantes pour des sujets en surpoids. L’altitude est aussi connue pour diminuer la sensation de faim (réduction d’une hormone qui stimule la faim, la Ghréline), phénomène connu sous le terme d’«anorexie d’altitude». Sans surprise, des chercheurs ont observé aux Etats-Unis que lorsque l’altitude de résidence augmente, le taux d’obésité baisse.

Mieux vieillir en altitude modérée

Pour les personnes âgées, l’exercice en altitude est associé à une réduction des facteurs de risques cardiovasculaires et augmente les capacités physiques et le bien-être. Plusieurs études épidémiologiques ont montré qu’il existe une influence de l’altitude de résidence sur les facteurs de mortalité. Ainsi, Faeh et al. (2009, 2016) ont rapporté, sur la population suisse, une baisse de la mortalité par ischémie cardiaque à partir d’une altitude de résidence de 600 m jusqu’à 1500 m.

On ne peut que recommander de profiter des montagnes suisses, d’y vivre et d’y vieillir!

De même, une étude autrichienne rapporte une diminution du taux de mortalité par cancer du côlon chez l’homme ou de cancer du sein chez la femme lorsque l’on vit en altitude modérée.

Pour conclure, l’altitude à laquelle on réside a donc été associée à une baisse de la mortalité liée à une réduction des risques, en particulier cardiovasculaires (ischémie myocardiques, maladies coronariennes), oncologiques, voire respiratoires. Par ailleurs, l’altitude ralentirait la sarcopénie (diminution de la masse musculaire) chez la personne âgée. On ne peut donc que recommander de profiter des montagnes suisses, d’y vivre et d’y vieillir!

Mais les mécanismes associés à ces facteurs positifs pour la santé sont encore mal connus. C’est pourquoi nous menons actuellement, en collaboration avec la CRR SuvaCare à Sion, une étude qui compare la santé vasculaire de différents groupes d’âge qui vivent soit en vallée, soit en altitude modérée (au-dessus de 1200 m). Les personnes intéressées peuvent nous contacter (gregoire.millet@unil.ch).


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