Les Jeux olympiques d’été de Tokyo 2020 auront lieu en 2021, dans 200 jours exactement (du 23 juillet au 8 août), mais leur sort se jouera probablement avant le hanami, l’éclosion des fleurs de cerisier, entre fin mars et début avril. Lundi, le premier ministre japonais, Yoshihide Suga, a répété la détermination de son gouvernement à organiser les Jeux, ce qu’il verrait comme «la preuve que l’humanité a vaincu le virus».

Lire aussi: L’incertitude, la nouvelle norme olympique

Mais pour l’heure, le Japon a bien du mal à contenir une pandémie jusqu’ici bien maîtrisée (moins de 3600 décès pour 126 millions d’habitants). L’année 2020 s’est terminée sur un record de nouvelles infections (4000 recensées en vingt-quatre heures). Sollicité par les gouverneurs de Tokyo et des préfectures de Saitama, Chiba et Kanagawa, Yoshihide Suga a également annoncé ce 4 janvier «envisager» de déclarer un nouvel état d’urgence dans la région.

Bientôt l’état d’urgence?

Cette mesure serait catastrophique pour les organisateurs des Jeux. Elle retarderait pour une durée indéterminée la préparation des sites et des athlètes, avec le risque que ni les uns ni les autres ne soient prêts à temps. Alors que le principal argument des partisans des Jeux olympiques tient dans la formidable vitrine publicitaire qu’ils offrent sur le monde, que vaudraient des Jeux de qualité médiocre avec des athlètes japonais au pied des podiums?

Et d’ailleurs, quels athlètes? Selon un décompte établi par la chaîne NHK, le Japon n’a pour l’heure sélectionné que 20% environ de sa délégation olympique. Des 600 sportifs prévus, seuls 117 athlètes ont leur billet. Les autres doivent encore passer par des épreuves de sélection, qui seraient menacées en cas d’état d’urgence.

63% des Japonais sont contre

Pour le CIO, tout serait préférable à une annulation, un scénario plus vu depuis l’édition de 1940 à… Tokyo (ceux de 1944, attribués à Londres, eurent lieu en 1948). Dans son discours du Nouvel An, le président du CIO Thomas Bach a réitéré sa certitude de vivre «des Jeux inoubliables […] en adéquation avec le monde post-coronavirus [dans] la ville olympique la mieux préparée de tous les temps». Même volontarisme chez Yoshiro Mori, le président du comité d’organisation et ancien premier ministre, qui s’est refusé à envisager une annulation dans une interview au quotidien Nikkan Sports.

Il y a longtemps déjà pourtant que cette question n’est plus taboue au Japon. Un sondage réalisé le mois dernier par la chaîne de télévision NHK indiquait que 63% des personnes interrogées souhaitaient une annulation ou un nouveau report des Jeux. L’autre nombre qui ne cesse d’augmenter, c’est le budget de l’événement: des 7,5 milliards de dollars prévus en 2013 au moment de l’obtention des JO, on est passé à 10 milliards, puis à 13 avec le report d’un an. Mais diverses sources tablent sur un coût total proche des 20 milliards de dollars.

Acharnement thérapeutique

Dans un tel contexte, s’obstiner confine à de l’acharnement thérapeutique. «Est-ce vraiment une bonne idée de continuer?» s’est demandé le 2 janvier l’agence Kyodo News, citée dans la newsletter de Francsjeux, site d’information spécialisé dans l’actualité olympique. Kyodo News souligne les injonctions contradictoires auxquelles sont soumis les Japonais: organiser une grande fête en pleine crise sanitaire, prôner le rassemblement dans le respect de la distanciation sociale.

«Les effets à long terme [de l’organisation des Jeux] tellement vantés par l’ancien premier ministre Shinzo Abe seraient perdus», redoute l’agence. Sans même parler de la tenue des compétitions cet été, chaque partie de l’organisation sera une épreuve, avec beaucoup de contraintes et peu de marge de manœuvre. Le relais de la flamme olympique, qui doit débuter le 25 mars, devra gérer 10 000 porteurs de torche sur des milliers de kilomètres.

La cérémonie est irréductible

Le comité d’organisation doit également dévoiler son plan pour accueillir en toute sécurité 15 000 athlètes, autant d’autres accrédités (juges, journalistes, officiels) et des centaines de milliers de touristes. Yoshiro Mori, le président du comité organisateur, a confirmé que la décision de la présence ou non de spectateurs sera prise «au plus tard en mai, mais cela pourrait survenir plus tôt». Un huis clos total ou même partiel serait un nouveau coup dur, car la vente des billets est censée rapporter 800 millions de dollars.

Il ne suffit donc pas d’arriver vaille que vaille au 23 juillet. La cérémonie d’ouverture, le moment le plus regardé de la quinzaine olympique, est devenue au fil des éditions le cœur d’un énorme enjeu culturel et financier. C’est désormais un casse-tête. Déjà vendue aux diffuseurs, sa composition ne peut être modifiée ni sa durée réduite. Selon l’AFP, les droits télévisés représentent 73% des revenus du Comité international olympique.