Au sommet, une stèle à la mémoire d'Henri Desgrange, créateur du Tour de France. On ne peut pas dire mieux: l'âme et l'esprit de la Grande Boucle planent au-dessus du Galibier, col mythique que le peloton franchira, pour la 53e fois de l'histoire, mercredi lors de la 11e étape entre Courchevel et Briançon. Culminant à 2645 mètres, celui que les coureurs tentent de personnaliser – pour mieux l'amadouer? – en le traitant de «monstre» constitue le toit du Tour 2005.

Dans un décor majestueux, les lacets serpentent, comme des nœuds coulants prêts à se resserrer. Tant de couleuvres ont été avalées dans cette ascension – 17,5 kilomètres avec une pente moyenne de 6,9% –, tant de grands exploits accomplis. Le 11 juillet 1911, au lendemain du premier passage du Tour sur les lieux, Henri Desgrange s'était senti obligé de présenter ses excuses au peloton, se demandant s'il n'avait pas poussé le bouchon un peu loin. Aujourd'hui, le Galibier fait toujours cauchemarder le commun des cyclistes. Mais il alimente aussi ses rêves de ­gloire. «Au même titre que l'Alpe-d'Huez ou le Tourmalet, ce col a écrit la légende du Tour», résume le vieux briscard Manolo Saiz, directeur sportif de l'équipe Liberty Seguros. «Et comme il est précédé du col du Télégraphe, on peut dire que l'ascension dure plus de 30 kilomètres. L'effort à consentir est surhumain. Le Galibier a souvent servi de révélateur. Celui qui le franchit en tête n'est en général pas très loin du podium à Paris.»

Kermesse populaire

Pour les favoris, le sommet savoyard est une opportunité de s'affirmer. Pour les autres, il s'agit d'un calvaire à gérer le mieux possible. «Il ne faut surtout pas se mettre dans le rouge pour gagner quelques minutes dans les premiers kilomètres», explique Carlos Da Cruz, coureur de la Fran­çaise des Jeux. «Cela dit, c'est pour vivre de tels moments que je fais du vélo. Le plus marquant dans le Galibier, c'est la foule. Tu as beau reconnaître le parcours dix fois, le jour où a lieu la course, tu n'as plus aucun repère. Ça sent la bière et la vinasse, mais c'est beau. Tu es porté par le public.»

Fabian Cancellara, dont l'affection pour la grimpe est modérée – il a terminé hier à 38'11'' d'Alejandro Valverde –, ne paraît pas trop se réjouir de cette kermesse populaire: «Je ne connais pas ce col, mais ce que j'en ai entendu m'inquiète un peu», admet le Bernois de la Fassa Bortolo. «Je suis sous antibiotiques pour soigner un rhume et mon seul objectif sera de passer la rampe.» Autre Helvète à découvrir le mythe en selle, Michael Albasini (Liquigas-Bianchi) est impatient: «Je ne crains pas cette montagne, mais je la respecte beaucoup. Gamin, j'avais vu le grand Miguel Indurain y faire un sacré numéro (ndlr: en 1993). J'étais alors dans la peau d'un supporter et je n'aurais jamais imaginé franchir ce monstre dans le cadre du Tour.» Quoi qu'il advienne, il s'en souviendra.