Parmi les 300 exposants du Soccerex, le secteur technologique retentit par la densité de son offre. Armés de produits d’appel high-tech (du simulateur de penalty au challenge du gardien-robot), la cascade de start-up présentes prend sa source dans un data devenu big. «Les données, ce ne sont vraiment pas un problème», affirme Nicolas Guergour de Feeling Sports, une société réalisant des jeux de pronostics. «On télécharge simplement la banque d’Opta, premier fournisseur de données de performances sportives au monde. Notre travail, c’est de leur donner des interfaces didactiques.»

S’alimentant des mêmes ingrédients, la firme néerlandaise SciSports change juste la recette. Son fondateur Giels Brouwer est sans équivoque: «Je laisse le big data travailler pour moi.» Grâce à lui, SciSports liste, jauge, classe et compare près de 300 000 footballeurs. «Les clubs peuvent rentrer des critères tels que l’âge, le poste ou le prix du marché dans la base de données pour en faire ressortir un échantillon de profils», précise-t-il. «Cela peut paraître avant-gardiste, mais les compétitions historiquement connectées comme la Formule 1 ou la NFL (la ligue professionnelle de football US) ont dix ans d’avance sur le foot, qui fonctionne encore beaucoup à l’émotionnel. Il nous a fallu explorer un univers sportif incomparablement vaste, cela a mis du temps. Mais aujourd’hui, on peut dire que le produit est mature», relate Giels Brouwer.

Casque multisensoriel

Autre firme hollandaise, BeyondSports exploite les métadonnées par le prisme de la réalité virtuelle. Thématique clé de l’événement au potentiel de divertissement déjà reconnu à large échelle, la «VR» vise aussi des fonctionnalités plus utilitaires. «A la base, nous avons développé un outil permettant de séquencer les vidéos de matches en actions critiques, avant de les digitaliser en 2D, expose Sander, responsable commercial. Maintenant, on développe ces séquences en réalité virtuelle.» C’est de cette façon que l’utilisateur, équipé d’un casque multisensoriel, peut «revivre» l’action. «Cette immersion intègre un élément novateur au mécanisme d’apprentissage. Traditionnellement, lors d’une analyse d’après match, l’entraîneur ne peut qu’amener le joueur à la réflexion. Avec notre instrument, ce dernier à l’occasion d’expérimenter ses prises de décision en conditions réelles, dix fois de suite s’il le veut», assène-t-il.

A quelques pas, PlayerPro lorgne les 500 millions de licenciés que compte le monde du ballon rond. Le concept de Pedro Rico, diplômé de l’University of London, fait l’ambitieux pari de «proposer un réseau social exclusivement consacré au foot», selon ses dires. L’application offre notamment des résultats live et des outils de gestion pour les clubs. Quant à l’habillage du profil, il présente une fiche technique désignant expériences et habiletés sportives de l’utilisateur. «L’idée est de faire cohabiter supporters et supportés sur la même plateforme. Même si son audience est faible, l’amateur veut aujourd’hui endosser une image virtuelle aussi soignée que celle de ses joueurs favoris», argumente Pedro Rico.

A quelques mètres, dans une salle de conférences, le public déguste les pérégrinations de trois joueurs professionnels de football… digital. Entre pelouses verdoyantes et forêts d’algorithmes, le beautiful game cherche un terrain d’entente.