C’est un matin d’hiver brumeux. L’horizon est absent, les repères ont disparu. Ici, on flotte entre deux mondes. Derrière nous, la terre. Devant nous, l’océan. Tous deux sont encore nappés de gris, mais l’un se distingue de l’autre grâce au rugissement sourd des vagues. Elles sont là, en face de nous. Sur ce cap rongé par le vent et les flots, le continent est trop discret pour retenir notre attention. Ici, l’océan règne en maître. Et à l’approche de la terre, il se cabre comme jamais, s’élève puissamment vers le ciel, puis s’abat contre la roche de tout son poids, avec fracas, sans réserve et sans relâche.

Il faut s’approcher pour mieux voir. Mais avec prudence, car la terre argileuse et glissante nous rappelle à notre destin de Terrien sous l’emprise constante de la gravité. Peu importe, le spectacle est hypnotique. Plus personne ne songe aux tracas que la terre réserve. Même le village de pêcheurs arpenté il y a peu dans le brouillard de l’aube portugaise fait partie de souvenirs lointains. Pourtant Nazaré n’est pas loin et son nom figure sur toutes les affiches, les drapeaux et les oriflammes plantés en hâte autour du fort centenaire de São Miguel.