En l'absence de Roger Federer, Marc Rosset voulait «voir des lions sur le court» pour compenser l'absence de Roger Federer. De ce point de vue-là, le capitaine de l'équipe de Suisse n'aura pas été déçu. Accrocheurs et déterminés, les bizuts helvétiques ont tenu la dragée haute aux Néerlandais, vendredi au Forum de Fribourg, lors du premier tour de la Coupe Davis. Reste le résultat, cruel par rapport aux efforts consentis: au terme de deux marathons haletants, la Suisse, menée 2 à 0, se trouve dos au mur avant le double de samedi. Marco Chiudinelli, battu en cinq sets (6-7 6-4 3-6 7-5 2-6) et 3h58 par Sjeng Schalken, a tout donné. Sauf le point de la victoire à son équipe. Stanislas Wawrinka (ATP 118) a cédé sous les coups de boutoir de Peter Wessels (ATP 78). Après 3 h 51, lorsque le Hollandais a signé le seul break d'une partie à couteaux tirés (6-7 7-6 6-7 4-6).

Chiudinelli, 150e joueur mondial, avait le redoutable honneur d'ouvrir les hostilités face au leader batave Sjeng Schalken (ATP 73). Surmontant son trac – «J'étais très nerveux», dira-t-il –, le Bâlois s'est lancé dans la bataille avec son cœur, ses tripes. Et son talent, malheureusement trop intermittent et pas toujours maîtrisé. Plus puissant et entreprenant que son adversaire, Chiudinelli a manqué d'expérience et de régularité. Celles dont a fait preuve le routinier Hollandais. Longtemps indécis, le duel entre un puncheur inégal et un géomètre invariable a tourné à l'avantage du second.

Pour son baptême du feu en Coupe Davis, le Bâlois, qui n'avait jamais disputé une rencontre au meilleur des cinq sets, a été servi en matière d'émotions.«Je suis à la fois extrêmement déçu par la défaite et content de ma prestation, dit-il. Sur la fin, je me sentais plus frais que lui et c'est ce qui me fait le plus mal.» Derrière la douleur pointe l'enivrante satisfaction d'avoir vécu le moment le plus fort de sa jeune carrière: «Ce que j'ai partagé avec le public est extraordinaire. Lors des deux derniers sets, je ne sentais plus la fatigue. J'étais dans un état second. Dans un tournoi classique, sans le soutien de la foule, je ne serais jamais revenu dans la quatrième manche (ndlr: Schalken a servi pour le gain du match à 5-4). C'est pour vivre ce genre de sensations que l'on joue au tennis.»

Et pour gagner des matches, ajouteront les rabat-joie. «Comme lors de chaque rencontre, il y a des moments décisifs, reprend-il. Je n'ai pas pu les négocier. J'ai perdu connement le premier set, parce que j'ai mal servi, j'ai raté des balles de break dans le troisième sur des retours faciles et je n'ai pas su conclure le premier jeu de la cinquième manche sur mon service. Cela aurait pu tout changer, car j'étais à son niveau.»

Sjeng Schalken n'est pas loin de penser la même chose: «Marco, contre qui je n'avais jamais joué, m'a surpris, admet le Néerlandais. On m'avait parlé d'un joueur de contre. Or, il n'a cessé de m'agresser. Il a réalisé un grand match. Il possède tous les coups, n'a pas de réelle faiblesse. Il s'est peut-être montré un peu impatient lors de certains points décisifs, mais s'il continue à évoluer à ce niveau, il progressera dans la hiérarchie.»

En attendant, la Suisse doit absolument remporter le double de samedi pour espérer encore se qualifier. Associé à George Bastl pour affronter la paire Peter Wessels-Dennis van Scheppingen, Yves Allegro garde humour et optimisme: «Nous sommes quasiment invincibles avec George, rigole le Valaisan. En une rencontre disputée ensemble, lors d'un tournoi challenger à Prague il y a deux ans, face à deux Tchèques de haut niveau mais dont je ne me rappelle plus le nom, nous n'avons jamais été battus.»