L’homme qui a «souillé le Tour» le reverra en 2020. Bjarne Riis, à propos duquel l’actuel directeur du Tour de France, Christian Prudhomme, avait utilisé cette expression violente après ses aveux de dopage, a annoncé mercredi 8 janvier prendre la direction de l’équipe sud-africaine NTT Pro Cycling, anciennement Dimension Data.

L’équipe qui, jadis, fit le vœu de former le premier vainqueur africain du Tour – avant d’abandonner progressivement sa mission d’accompagnement des jeunes coureurs d’Afrique noire – prendra une forte coloration danoise: deux investisseurs proches de Bjarne Riis l’accompagnent et ont racheté un tiers des parts du Sud-Africain Douglas Ryder. C’est grâce à eux que Riis force les portes d’un monde qui ne semblait pas particulièrement pressé de le revoir, ces dernières années.

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Voilà quatre ans que le vainqueur du Tour de France 1996 rôde autour des carcasses d’équipes en difficulté; écarté en 2015 par le volatil propriétaire russe de l’équipe Tinkoff, Bjarne Riis sait qu’il est plus confortable de diriger une équipe lorsqu’on tient les cordons de la bourse.

Fin 2015, il avait tenté de racheter cette même équipe sud-africaine, qui s’appelait alors MTN-Qhubeka. Le manager de l’époque avait décliné, citant une incompatibilité de valeurs. Le cyclisme, globalement, se portait mieux de savoir Bjarne Riis aux commandes d’une équipe féminine, Virtu Cycling; c’était plus discret.

Maillot jaune à la cave

Peut-être parce qu’il sourit rarement et aime entretenir son côté sulfureux, peut-être aussi parce que son physique le rapproche d’un méchant de James Bond, Bjarne Riis continue d’incarner le dopage massif des années 1990, avec son indécrottable surnom de «Monsieur 60%», en référence à son hématocrite hors norme, à l’époque.

Jeff d’Hont, son soigneur de l’époque au sein de l’équipe Telekom, avait ironisé: «Ce n’est pas Monsieur 60% qu’il aurait fallu le baptiser, mais Monsieur 64%».

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Riis trouvera pourtant des semblables en renouant avec le peloton World Tour cette saison: plusieurs autres dirigeants d’équipes ont prospéré dans ce cyclisme gangrené. De tous, il est peut-être celui qui fit les aveux les plus complets sur ses propres turpitudes, estimant qu’il ne méritait pas son maillot jaune et qu’on pouvait aussi bien le lui prendre, puisqu’il moisissait dans sa cave.

Mais les témoignages de coureurs ayant évolué sous ses ordres, notamment l’Américain Tyler Hamilton, ont rappelé qu’il avait transposé dans ses nouvelles fonctions certaines des méthodes qui avaient fait son succès de coureur.

Des coureurs encouragés à se doper

En juin 2015, Riis était le personnage central d’un rapport de l’agence antidopage du Danemark (Anti Doping Danmark, ADD) sur la culture du dopage dans le cyclisme national, et notamment au sein de son équipe CSC.

L’ADD écrivait que, sans la prescription fixée à l’époque à huit ans, elle aurait eu de quoi faire suspendre son ressortissant pour complicité de dopage. Riis était notamment accusé d’avoir sciemment laissé ses coureurs se doper, ou de les avoir, pour certains, encouragés à le faire. Des faits qu’il a confirmés en grande partie devant la commission, même s’il en contestait certains.

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Mercredi, dans un grand hôtel de Copenhague où il portait col roulé noir et micro de conférencier, Riis, pressé de questions, a répété ses excuses. Promis, il a changé. «Ça ne va pas plaire à tout le monde et je le sais bien.»

En 2021 à Copenhague, Bjarne Riis devrait être l’une des attractions du grand départ du Tour de France. Pas sûr que Christian Prudhomme appréciera le spectacle.


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