FOOTBALL

Blatter et Platini déclarent la guerre à la FIFA 

Suspendus lundi pour huit ans par la commission d’éthique de la FIFA, les deux anciens patrons du football mondial refusent de s’avouer vaincus. Ils contre-attaqueront

En dix ans d'une existence longtemps anecdotique et souvent controversée, jamais la commission d'éthique n'avait frappé aussi haut. En condamnant Sepp Blatter et Michel Platini à huit ans de suspension, la chambre de jugement de la FIFA a visé à la tête. Cette fois, c'est le président élu et celui qui devait lui succéder qui sont touchés. Ils ne sont pas encore coulés, puisqu'il leur est permis de faire appel, d'abord devant la commission de recours de la FIFA puis, si la sanction était confirmée, auprès du Tribunal arbitral du sport (TAS) de Lausanne.

Selon le communiqué de la chambre de jugement de la commission d'éthique de la FIFA, les deux hommes ne sont pas parvenus à justifier le paiement en février 2011, par la FIFA à Michel Platini, d'un montant de 2 millions de francs suisses, «sans base juridique dans l'accord écrit signé par les deux officiels le 25 août 1999.» Si l'instance juridique de la FIFA n'a pas pu établir de «corruption», elle retient le «conflit d'intérêt», l'«abus de pouvoir» et le «manquement au devoir de loyauté». La suspension est assortie d'une amende de 50 000 francs pour Sepp Blatter, de 80 000 francs pour Michel Platini, qui de plus «n'a pas fait preuve totalement de crédibilité et d'intégrité, témoignant d'une certaine méconnaissance de l'importance de ses fonctions».

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La commission d'éthique n'avait jamais non plus frappé si fort pour si peu. Sepp Blatter suspendu pour un paiement sans base écrite - alors que personne ne doute vraiment que Michel Platini a effectivement travaillé comme consultant entre 1999 et 2002 - c'est un peu Al Capone qui tombe pour fraude fiscale. Il n'y a pas si longtemps, la commission (qui avait déjà blanchi Sepp Blatter deux fois) ne leur aurait adressé qu'un blâme. Est-elle devenue plus rigoureuse, plus sévère, plus impartiale, en un mot: plus éthique? Ou n'est-elle aujourd'hui que le jouet d'autres mains, l'instrument d'autres ambitions?

C'est la question qui se posait lundi matin à Zurich. La FIFA étant fermée aux médias «jusqu'en février» selon la voix à l'interphone, Sepp Blatter avait convié la presse dans les anciens locaux de l'institution, sur l'autre versant du Sonnenberg. Loin d'être abattu, le vieux lion, qui arborait un large sparadrap sur la joue droite, est apparu prêt à en découdre. «J'ai d'abord été triste à l'annonce de ce verdict, mais maintenant je suis combatif. J'ai parlé avec mon avocat, Lorenz Erni, ce matin. Nous allons immédiatement une fois encore devant la commission de recours et nous irons devant le TAS s'il le faut. On doit se défendre et j'espère que Michel fera la même chose.»

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Très remonté, Sepp Blatter en oublia presque de faire son habituel numéro de charme devant les caméras. «Ce n'est pas possible de faire des choses comme ça après 40 ans!, s'emporta le presqu'octogénaire. Je vais lutter pour restaurer mes droits et je pense qu'il est possible que je sois au congrès comme président le 26 février.» En fait, il a dit «le 27 février», ce qui provoqua un trouble dans la salle, mais ce n'était qu'un lapsus, que sa fille Corinne corrigea rapidement.

Si Sepp Blatter est intègre, pourquoi est-il visé de la sorte? Un complot des Américains? «Je ne crois pas que la commission d'éthique ait des liens avec les Etats-Unis.» Alors? «Je ne sais pas s'ils font ça pour ne pas voir Platini élu ou s'ils veulent juste mettre un coup de pied dans la fourmilière». Son conseiller en communication, Klaus Stöhlker, a un avis plus précis. «Actuellement, il y a trois pôles d'influence à la FIFA: les Américains, avec l'aide du prince Ali de Jordanie, le cheick Salman qui représente l'Asie, et les Européens. La grande guerre pour le pouvoir a commencé.»

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