Grosse angoisse sur le stade du Cornaredo. Il est 19 heures et des poussières lorsque le contact a lieu entre Gelson Fernandes et Tranquillo Barnetta. Le second, maître à jouer de l'équipe de Suisse, reste au sol de longs instants. Ses coéquipiers se figent et Roland Grossen, médecin de l'équipe de Suisse, accourt. Le Saint-Gallois du Bayer Leverkusen sort sur une jambe et grâce à l'aide de deux béquilles humaines. «Barnetta! Barnetta! Barnetta!», scandent les quelque 1500 spectateurs présents pour cette première séance publique de la Nati au Tessin.

Tout avait commencé dans la bonne humeur: coucou au public, exercices de jonglage, jeux de balle et tutti quanti. Et puis l'incident - l'accident? - survient, comme de coutume, sans crier gare. Le sélectionneur Köbi Kuhn vient-il de perdre son meilleur atout en vue de l'Euro? «C'est une entorse, ce n'est pas grave», lâche quelques minutes plus tard Pierre Benoit, porte-parole de l'Association suisse de football. Une entorse, pas grave? Consultons un dictionnaire: «Traumatisme des ligaments occasionné par un excès soudain de sollicitation.»

Un joueur irremplaçable

Rien de vraiment rassurant au niveau de la définition première... Soit la cheville a subi une légère contorsion et le feu follet court comme un dératé dans les cinq jours; soit la lésion est plus profonde et sa participation au match d'ouverture, le 7 juin au Parc Saint-Jacques face à la République tchèque, est d'ores et déjà compromise. Les examens passés à l'hôpital hier soir permettront sans doute de faire la lumière sur la gravité de sa blessure. Mais en attendant, la nation a de quoi trembler tant l'équipe de Suisse, déjà peu épargnée par les ennuis, ne possède pas de solutions de rechange en phase offensive.

Croiser les doigts et se tenir les pouces, donc. «Les blessures? C'est une conséquence parfois inévitable dans le quotidien très chargé d'un joueur. Mais il est vrai qu'avec quatre ligaments croisés en l'espace d'un an (ndlr: Patrick Müller, Blerim Dzemaili, Xavier Margairaz et Julian Esteban), nous sommes victimes d'un méchant hasard. Dans le football, il faut vivre avec ça», philosophait Köbi Kuhn à la mi-journée. Il n'est pas certain que le Zurichois accueille un éventuel nouveau coup dur avec autant de zénitude...

Gelson Fernandes, de l'avis unanime, n'a commis aucune agression sur Tranquillo Barnetta. Le milieu de terrain de Manchester City a, comme à son habitude, fait preuve de l'engagement physique qui prévaut sur la scène internationale. Interrogé en fin de matinée concernant les forfaits de Blaise Nkufo et Fabio Coltorti, le jeune homme avait déclaré: «Je suis triste pour ceux qui sont absents. Mais les blessures, dans le foot, il faut faire avec. On n'a pas le choix. Toutes les équipes connaissent des problèmes et tous les joueurs en sont conscients: tu as un corps et tu ne sais jamais ce qui peut lui arriver.» Il ne croyait pas si bien dire...