«N'hésite pas, le dimanche 23 avril 2006, viens saisir ta chance en participant à la journée gratuite de détection et de recrutement de jeunes talents du BC Boncourt.» «Pour tous les joueurs nés entre 1986 et 1990», précise l'affiche, postée sur Internet. Voilà que l'emblématique club de basket jurassien, champion de Suisse 2003 et 2004, et actuellement en demi-finales des play-off, convie crânement les jeunes espoirs du basket helvétiques, licenciés ou non, à rejoindre son giron.

L'événement est singulier. Tout à fait banales en France, de telles journées de recrutement brillent par leur absence côté suisse. «Le BC Boncourt a l'ambition de s'installer de manière durable dans le paysage du basket européen. Cela implique, à notre sens, de miser sur les jeunes en développant une plate-forme d'accueil chez soi, affirme le français Jimmy Rela, coach assistant de la première équipe et directeur du dénommé Centre national de formation (CNF), initiative des dirigeants du club et politiques jurassiens.

«Un centre de formation, c'est un placement, résume Jimmy Rela. Je n'ai aucune leçon à donner, mais je constate qu'en Suisse, on n'a pas intégré le fait que nos gamins sont notre avenir.» Thème récurrent que ce manque manifeste de structures sport-études - quels que soient les cantons ou les sports concernés - qui prête de plus en plus durement le flanc à la critique. Non sans raison, au demeurant: «Pour 50000 francs, on peut s'attacher les services d'un basketteur croate, admet le directeur du CNF. Ou offrir un encadrement professionnel à 16 joueurs en herbe, dépositaires de l'avenir du club.» A bon entendeur.

Du côté de Boncourt, les dirigeants ont tranché. C'est ainsi que le CNF, en construction depuis deux ans, a vu le jour, sous l'influence de Jimmy Rela. Ce chantre de la formation s'est inspiré du modèle français, à l'efficacité duquel il a lui-même contribué durant près de 11 ans, notamment à Limoges, patrie légendaire du basket. Dans l'Hexagone, où la notion d'aboutissement social sportif est savamment cultivée, on ne compte plus les quartiers défavorisés sauvés de la sinistrose par la présence dynamisante de centres sportifs de formation. Ces derniers profitent non seulement aux joueurs, mais aussi à toutes les personnes - des enseignants aux comptables en passant par les médecins - qui composent leur infrastructure. Pour autant, la recette française est-elle applicable en Suisse avec les mêmes résultats? Le canton du Jura et la Ville de Porrentruy, partenaires du projet boncourtois, veulent croire que oui. «Quand vous souhaitez inviter des gens chez vous, vous faites en sorte que la maison soit propre. Une journée de détection suppose une capacité d'accueil, ce qui nécessite une solide structure de formation interne», insiste Jimmy Rela.

Actuellement, dix-sept juniors jurassiens servent de cobayes au CNF, encore en phase de rodage. L'hôtel du Jura, nouvelle propriété du club, située au centre-ville de Porrentruy, dispose de quatorze chambres qui restent, pour l'heure, inutilisées. D'où des journées de détections qui doivent permettre au BC Boncourt de remplir progressivement son «usine à champions». Une vingtaine de jeunes gens, en provenance de différents cantons, se sont inscrits à la sélection du 23 avril.

Au programme: des matches en 4 contre 4, puis en 5 contre 5, témoins flagrants du potentiel individuel et collectif des candidats. Ces luttes de parquet seront ponctuées d'entretiens individuels, qui porteront sur les bulletins scolaires et les motivations professionnelles des jeunes basketteurs, lesquelles seront prioritaires aux dires des dirigeants boncourtois. Le CNF s'attache à ce que ses recrues disposent d'un diplôme après leur passage en son sein. La filière sport-art-études, spécificité jurassienne, servira de base de travail aux responsables du centre. Hormis son directeur, des bénévoles seront chargés de l'encadrement scolaire, du soutien logistique et de la préparation physique des champions en herbe.

«Nous sommes en quête de potentiels athlétiques et techniques que le Jura ne peut offrir à lui seul, étant donné son bassin de population limité», explique le directeur du CNF, qui avoue ne pas du tout comprendre la politique attentiste des autres clubs. «Il est quand même hallucinant que des jeunes de Genève ou Lausanne viennent chercher à Boncourt ce que leurs clubs respectifs ne sont pas en mesure de leur offrir», se pince le Français, évoquant tour à tour la fainéantise, la déraison ou le manque de lucidité pour décrire le marasme du basket helvétique. «Comment se projeter dans l'avenir sans parler de formation. C'est absurde», lance Jimmy Rela, qui refuse tout fatalisme, malgré le manque de moyen et l'audience confidentielle du championnat suisse de basket. «A Boncourt, nous avons pris la décision d'aller de l'avant. On ne risque pas grand-chose. Nous partons de presque rien.»