La Chuenisbärgli étend son ruban glacé face au village. Ses virages tortueux défieront ce week-end les cadors du ski alpin. Dans ses dévers piégeux nichent aussi l’âme et le berceau économique d’Adelboden. La petite station de 3600 habitants a bâti son économie et sa réputation sur sa manche de la Coupe du monde.

La région d’Adelboden réalise chaque année un chiffre d’affaires de près de 7,5 millions de francs pour le seul week-end de compétition. Les hôtels affichent complet dans un rayon de 30 kilomètres, et bienheureux qui arrive à se loger dans la station. L’intérêt n’est pas négligeable dans une période de l’année habituellement creuse. «En plus, les équipes restent chez nous la semaine suivant la compétition avant de rejoindre Wengen, dit le président du comité d’organisation, Peter Willen. Cela représente plusieurs centaines de nuitées supplémentaires.» Les clubs sportifs de la région remplissent également leurs caisses en fournissant de la main-d’œuvre au comité d’organisation. L’événement créerait l’équivalent de 28 emplois annuels à plein-temps.

Le bénéfice le plus important de la Coupe du monde est difficile à chiffrer. Il s’agit de la renommée de ce petit village de moyenne montagne, devenu en quinze ans la Mecque du slalom géant. L’image sportive d’Adelboden en bénéficie, mais pas seulement. Car la dimension extra-sportive de la compétition a pris beaucoup d’importance. Quarante mille personnes prennent chaque année le chemin de la piste ou des loges VIP. «En mettant sur pied un événement de cette envergure, nous montrons notre savoir-faire en matière d’accueil et d’organisation, dit Roland Huber, président de l’Office du tourisme. Les hommes d’affaires et les entreprises qui nous sponsorisent savent que nous sommes capables de répondre à leurs besoins et cela peut les encourager à revenir à d’autres occasions.» Chaque projet ou campagne de promotion d’Adelboden est lié à la Coupe du monde.

L’événement se vend aussi, dans une moindre mesure, en été. «Nous avons conçu un chemin nommé Weltcup-Trail qui longe la Chuenisbärgli, dit Peter Willen. Une dizaine de panneaux explicatifs et de séquences télévisées décrivent la course, son histoire et ses anecdotes. Cette balade est très appréciée des familles.» Selon Peter Willen, le «Wall of Fame», rocher sur lequel ont été apposées les empreintes de pied des vainqueurs, est l’élément le plus photographié du village en toute saison.

Adelboden doit également lutter contre les retombées plus négatives de sa manifestation. L’an passé, la fête du sport s’était transformée en beuverie au grand dam des habitants. «C’est un problème qu’a aussi connu Kitzbühel, dit Peter Willen. Nous avons pris des mesures pour décourager les jeunes qui montent avec des bouteilles d’alcool. Nous ne voulons pas d’une énorme fête, mais d’un événement de qualité.»

Et que se passe-t-il quand la compétition ne se déroule pas comme prévu? L’an passé, le géant a dû être annulé à cause du brouillard. «Nous avons, pour l’instant, vendu plus de places que l’an passé, dit Peter Willen. La journée du samedi est toujours pleine, mais nous avons de plus en plus de succès avec le slalom du dimanche. Et pas un seul sponsor ne nous a quittés.» En cas d’annulation, et même si une partie de l’épreuve a pu avoir lieu, les sponsors ne sont pas tenus de régler la note pour les affiches publicitaires. Des assurances pallient ce risque, mais le budget de l’an passé de 3,7 millions a été bouclé avec un déficit de 75 000 francs. «Nous pourrions encore survivre financièrement à une annulation, mais pas trois fois de suite, poursuit Peter Willen. Statistiquement, nous ne devons renoncer à une épreuve que tous les dix ans.»

Adelboden ne s’imaginerait plus vivre sans sa Coupe du monde. Heureusement, la station bernoise n’a que peu de risques d’être biffée du calendrier. Malgré la concurrence de plus en plus féroce des pays de l’Est, elle est devenue un rendez-vous incontournable du Cirque blanc, et devrait poursuivre encore longtemps son idylle avec l’élite du ski alpin.