La Grande Boucle est bel et bien en train de se boucler. Comme lors de la première semaine de course, la route du Tour est à nouveau la propriété des sprinters. A Bordeaux, c'est Tom Steels qui a devancé tout le monde. Il signe sa troisième victoire de l'édition. Lance Armstrong, comme attendu, s'est contenté d'éviter la chute pour garder son maillot jaune. Pour tout dire, l'étape partie de Mourenx a été exceptionnellement conventionnelle. Bordeaux est un rendez-vous de sprinters depuis des lustres. Pas question de faillir à la tradition, même si Mario Cipollini, Jimmy Casper ou Jaan Kirsipuu ont pris congé du peloton dans la montagne.

Le favori était Erik Zabel, maillot vert sans avoir gagné d'étape et déjà vainqueur à deux reprises en Gironde. Vexé par ses défaites à répétition, il n'a pas laissé planer le doute sur ses intentions. Son équipe Deutsche Telekom, malgré une vitesse très élevée imprimée par les attaques à répétition, a contrôlé la course jusqu'au premier sprint intermédiaire. Histoire d'éviter toute mauvaise surprise au classement par points. Sur la ligne d'arrivée, cette discipline de fer était plutôt bien reçue par la colonie germanique venue acclamer leur héros de rechange après la défection de Jan Ullrich.

Pendant que, confiants, les vacanciers allemands éclusent les demis de bière, la course déroule normalement son scénario. Huit coureurs obtiennent le droit de s'en aller dans les Landes, parmi lesquels Rolf Huser, le coureur suisse de Festina. Bien en ligne le long des interminables boulevards, les fuyards creusent un écart de près de huit minutes au 100e kilomètre. Un maximum qui ne leur offrira même pas la joie d'espérer franchir la ligne victorieusement.

Car derrière – ça aussi c'était écrit –, on s'organise. Les Mapei, formation au service de Tom Steels, commence l'organisation de la fête finale. En bons amis, les coureurs de chez Polti, Lampre et Rabobank, donnent un petit coup de pédale. Conséquence: l'avance s'étiole rapidement. A 40 kilomètres de l'arrivée, elle n'est plus que de 2'35''. Le peloton peut commencer à jouer au chat et à la souris avec les fuyards.

Coup de folie ou coup de but, c'est au moment où les échappés se sont trouvés pour la première fois en point de mire que Rolf Huser fausse compagnie à ses compagnons déjà résignés face à la force du plus grand nombre. Il est rejoint peu après par Carlos Da Cruz. Pour tenter l'impossible? Pas vraiment. En fait, le Français de chez BigMat craint de ne pas être élu «coureur le plus combatif de l'étape». Et les deux hommes sont repris à 14 kilomètres de l'arrivée.

Dans le final, Tom Steels rusé, se colle à la roue d'Eric Zabel qui est emmené par trois de ses coéquipiers. Un peu en retrait, Stuart O'Grady, dernier adversaire de l'Allemand pour le maillot vert, slalome pour se placer. Mais inattentif, il chute. Devant, on en a cure. Zabel veut sa victoire et lance le sprint. En vain. Ses cuisses d'acier flanchent, son coup de pédale devient haché et Tom Steels, après avoir profité de l'aspiration, le passe sans un regard, impeccable dans son couloir comme s'il narguait les commissaires de course qui l'avait déclassé à Maubeuge. Comble du désespoir pour les estivants allemands: leur fusée se fait aussi déborder par Robbie McEwen dans les derniers mètres. Mercredi soir, la bière de Bordeaux doit avoir un goût amer.