Ligue des champions

Au Borussia Dortmund, la métamorphose de Roman Bürki

Très critiqué contre Tottenham en septembre 2017, le gardien suisse revient mercredi à Londres en pièce maîtresse de l’équipe de Lucien Favre

Pour Roman Bürki, le retour à Tottenham, mercredi en huitième de finale aller de la Ligue des champions, est l’occasion de prendre sa revanche. En septembre 2017, le natif de Münsingen avait été jugé coupable de l’élimination du Borussia Dortmund pour avoir encaissé deux buts au premier poteau. Il s’en était justifié, mais ses prestations dans le bassin de la Ruhr étaient tout de même jugées trop souvent décevantes. Il a su rebondir pour être aujourd’hui considéré comme indiscutable. Statistiquement, Bürki est même le gardien le plus décisif des 18 titulaires de Bundesliga.

En fin de saison dernière, son avenir semblait devoir se tracer ailleurs qu’au BVB, plus encore après l’annonce de l’arrivée de Marwin Hitz en provenance du FC Augsbourg. Les supporters de Dortmund se permettaient ainsi quelques banderoles moqueuses du style «Le Borussia, c’est mieux sans Bürki». Même les dirigeants avaient longtemps hésité, tentés pendant quelques semaines d’enrôler Timo Horn, le gardien du FC Cologne, avant de finalement prolonger son contrat.

Quelques jours seulement après avoir posé ses valises à Brackel (siège du Borussia Dortmund), Lucien Favre le confirma comme numéro un. Un choix que le technicien de Saint-Barthélemy n’a jamais regretté, tant l’ancien gardien du SC Fribourg a sorti des performances de très haut niveau. «Roman a une forte personnalité, explique Favre. Dans le vestiaire, il fait partie des leaders. Dans les situations un peu chaudes, il sait rassurer ses jeunes coéquipiers par sa présence et sa sérénité.»

Tout pour la Bundesliga

Avec les Français Dan-Axel Zagadou et Abdou Diallo, ainsi que le Marocain Achraf Hakimi, la défense des «jaune et noir» manque encore d’expérience et de rigueur. Leurs erreurs de placement et de jugement sont souvent compensées par les prouesses d’un Bürki plus inspiré que jamais. «C’est rassurant de savoir que Roman est derrière nous, note Manuel Akanji, actuellement blessé à la hanche. Il nous apporte de l’assurance et de la confiance. Le fait qu’il ne fasse aucune erreur depuis le début de la saison nous permet d’évoluer avec davantage de sécurité.»

Si le Borussia Dortmund est en tête de la Bundesliga depuis de longues semaines, le mérite en revient certes aux éclairs de génie de Marco Reus, à l’altruisme de l’attaquant Paco Alcacer et à l’expérience de l’international belge Axel Witsel, mais aussi et surtout au portier suisse. Sa quatrième saison au Borussia est incontestablement la plus accomplie. Sa décision, l’été dernier, de mettre entre parenthèses sa carrière avec la Nati, afin de se focaliser sur son club et un titre de champion qui est devenu sa priorité, a fait grincer beaucoup de dents mais elle a porté ses fruits. «C’était une décision mûrement réfléchie», s’est-il justifié.

Devant Sommer en Allemagne

Depuis quelques mois, Bürki travaille avec un coach mental qu’il connaît depuis de longues années en Suisse et qui l’aide à mieux gérer la pression. «C’est une personne en qui j’ai 100% confiance, précise-t-il. Cela ne serait pas possible autrement, car j’ai besoin de ressentir une confiance totale afin de m’ouvrir.» Si une erreur pouvait le faire gamberger de longues semaines, il a appris à canaliser ses émotions. «Les critiques m’ont longtemps fait très mal, juge-t-il. Avec le temps, j’ai appris à vivre avec pour mieux les digérer.» Dans son jeu, il a également franchi plusieurs paliers. «Avant, il m’arrivait souvent de prendre trop de risques, notamment dans mes sorties. J’ai su en tirer les leçons pour être plus pragmatique, et donc plus efficace.»

A l’aise techniquement, il est devenu le premier relanceur d’une équipe qui joue rapidement vers l’avant avec beaucoup d’explosivité. Son rendement est tellement impressionnant que Favre ne voit aucune raison de lui octroyer une pause en Coupe d’Allemagne, ce que font beaucoup de clubs européens pour donner du temps de jeu au gardien remplaçant. Il était à l’infirmerie (tout comme Hitz) lors de l’élimination du BVB en huitième de finale contre le Werder Brême, et les inconditionnels du Borussia sont nombreux pour affirmer qu’avec Bürki leur club serait toujours en course en DFB-Pokal.

Roman Bürki peut rêver de déboulonner le Bayern Munich (champion ces six dernières années), mais aussi Yann Sommer, considéré comme le numéro un en Suisse. Toujours très bon, le gardien du Borussia Mönchengladbach est désormais le second dans l’esprit des médias allemands.

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