Carnet noir

Bouby Rombaldi, moniteur de ski des stars et visionnaire

Quand les vedettes internationales se pressaient pour dévaler les pentes de Crans-Montana, c’était avec lui. Skieur aux Jeux olympiques puis entraîneur à succès avant de devenir le meilleur ambassadeur de sa station, il s’est éteint à 90 ans

Quel est le point commun entre Jacqueline Kennedy-Onassis, Bourvil, Gina Lollobrigida et Gilbert Bécaud? Le ski. Ou plus exactement le ski à Crans-Montana. Dès le début des années 60, la station valaisanne a vu défiler de nombreuses stars internationales. Et c’est avec le même homme qu’elles dévalaient les pistes: Bouby Rombaldi. «Quand une vedette arrivait dans le coin, elle voulait le rencontrer et skier avec lui, se souvient Marius Robyr, président de l’organisation des épreuves de Coupe du monde de Crans-Montana. Il incarnait le haut-plateau et ses beautés.» Figure locale à la réputation mondiale, il s’est éteint samedi, dans sa 91e année.

Les Jeux olympiques en 1948

Alfred-Germain «Bouby» Rombaldi est né le 31 décembre 1925 à Montana, de père italien et de mère valaisanne. Gamin sportif, il a touché au tennis et au hockey mais c’est skis aux pieds qu’il était le meilleur. En 1948, celui qui ne sera naturalisé qu’une année plus tard participe aux Jeux olympiques de Saint-Moritz sous bannière italienne. Sa carrière s’arrête avec une grave blessure alors qu’il n’a que 26 ans. Tant pis: il ne quitte pas pour autant le Cirque blanc.

«Bouby était avant tout un excellent entraîneur», se rappelle Marius Robyr. «Il était très compétent, et très humain, estime pour sa part Jacques Deschenaux, qui a commenté 19 saisons de ski pour ce qui s’appelait encore la TSR. C’était une autre époque, où l’autorité de l’entraîneur avait quelque chose de militaire. Mais Bouby n’était pas comme ça, il était plus du genre compréhensif.» Mais les résultats étaient au rendez-vous. Nommé à la tête de l’équipe de Suisse féminine en 1952, il voit ses protégées collectionner les bons résultats. «Elles étaient amoureuses de moi, c’est pour ça qu’elles gagnaient», glissait-il au Nouvelliste il y a quelques mois.

«Un vrai gentleman»

La boutade n’a rien d’anodin: tous disent que la personnalité de l’homme se confondait avec ce qu’il entreprenait. Il a porté les casquettes de skieur, d’entraîneur, de moniteur, de patron de magasin de sport et de concepteur de pistes avec le même enthousiasme. «Bouby, c’était la disponibilité, la gentillesse, la générosité avec chacun», soutient Marius Robyr. «Il avait la classe, un vrai gentleman, glisse Yves Mittaz, directeur de l’European Masters de golf, à Crans-Montana. Il me faisait penser à un de ces profs de ski de la vieille école, qui devenaient guide, puis ami, parfois confident.»

C’est peut-être cela – son entregent, son sens de l’accueil – qui l’a amené à se faire apprécier de tant de vedettes et à transformer Crans-Montana en haut-lieu du glamour jusqu’à la fin des années 80. On raconte que les paparazzis apprenaient à skier en arrière pour pouvoir travailler jusque sur les pistes. «A l’époque, on savait que telle star était à la station et qu’elle skiait avec Bouby, note Marius Robyr. Aujourd’hui, il y en a encore qui viennent, mais elles font en sorte de rester discrètes.»

«Un visionnaire»

Dans le show-business, Bouby Rombaldi n’a pas égaré sa crédibilité dans le milieu de ski alpin. En 1987, il est l’un des personnages clés des Championnats du monde organisé à Crans-Montana qui tournent au triomphe national avec quatorze médailles suisses, dont huit titres sur les dix possibles. Avec le recul, Marius Robyr n’a pas peur des mots: «Bouby avait trois longueurs d’avance sur tout le monde. Quand il dessinait les pistes en 1987, il préfigurait déjà la manière dont on les fait aujourd’hui, le ski moderne. C’était un visionnaire.»

Et pas qu’en matière de tracés alpins. «Pour les Championnats du monde 1987, la TSR avait lancé une émission quotidienne, Fans de ski, raconte Jacques Deschenaux. Bouby m’a dit qu’on était à la montagne, que je ne pouvais pas la présenter en chemise et veston. Et il m’a prêté cinq ou six pulls qu’il avait au magasin. Résultat, les gens se demandaient chaque soir quel pull j’allais porter… C’était un buzz avant l’heure.»

«Le sens du tourisme»

Alors que le mot n’existait pas encore, il était aussi un roi du réseautage: ses clients en amenaient d’autres, et lui avait ses entrées dans toutes les grandes manifestations. «Il avait un véritable sens du tourisme, remarque Yves Mittaz. Il savait obtenir la confiance des gens.» La station de Crans-Montana est orpheline de son meilleur ambassadeur.

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