Roland von Mentlen est arrivé à Fribourg pour remettre de l'ordre, affublé d'un titre ronflant de directeur général. Avec son règne a pris fin celui du bénévolat, de la bonne volonté et de la débrouillardise. Depuis, Gottéron a trouvé une certaine stabilité financière. Mais il n'est pas plus compétitif pour autant: quatre saisons dans le ventre mou du classement, à entretenir de fragiles espérances, ont quelque peu tempéré les ardeurs.

Pour avoir la haute main sur le budget, Roland von Mentlen invoque des disparités insurmontables: «Nous savons qu'il est possible d'acheter une place parmi les quatre premiers du championnat. Nous connaissons même le prix:

10 millions de francs, 12 tout au plus. Avec un tel montant, la pire erreur n'est jamais fatale. Comment voulez-vous rivaliser à long terme avec un budget deux fois inférieur?»

Et d'accuser: «Les nantis ont spolié le hockey romand. Mais cette partie de la Suisse a également souffert – et souffre encore – d'un manque flagrant de professionnalisme. Le management est aléatoire. Or, avec moins d'argent, il faut être plus travailleur, plus inventif, plus solidaire.»

Tout à sa politique d'austérité, Gottéron a renoncé aux services de David Aebischer, l'enfant du pays, gardien vedette de l'Avalanche du Colorado. Le club ne consentira aucune dépense qui ne soit pas de première nécessité, malgré des performances inquiétantes. «Pas d'Aebischer, pas de changement d'entraîneur, tonne Roland von Mentlen. Nous ne sommes plus en péril mais, soyons réalistes, nous survivons avec des bouts de ficelle. A cet égard, nous entrons dans une période charnière. Gottéron a besoin d'un business plan, d'une plus grande liberté de manœuvre dans l'utilisation de sa patinoire, etc. D'ici à deux ans, nous devrions exploiter de nouveaux débouchés. Si la situation n'évolue pas, je crains de ressentir une certaine lassitude. Je ne suis pas un banquier, moi. Je suis un sportif qui, comme tout un chacun, ambitionne de tenter un exploit de temps à autre…»