Les corps et leurs mouvements

Quand les boxeurs voient jaune

Que faire des pratiques et normes acquises dans les salles de boxe lorsque l’on réintègre l’espace public, s’interroge le sociologue Pierre Escofet à partir de l’irruption, le 5 janvier, du boxeur Christophe Dettinger en pleine contestation des «gilets jaunes»

Par les temps qui courent, lorsqu’un boxeur boxe hors de la salle d’entraînement, tout laisse à penser qu’il a dû voir jaune. Pas vert, pas noir, ni rouge, ni brun, ni bleu, non; jaune. Le jaune est la couleur d’une force. Cette force est persistante. Mais elle est erratique. Avant d’en interroger la nature, il est de bonne méthode de se demander ce qui peut bien pousser un individu à pratiquer le noble art.

En toute logique, sortir de la salle en boxeur aguerri suppose, au préalable, d’y entrer. Pour fuir. Momentanément. Une fuite néanmoins des plus roboratives. Depuis qu’elle n’est plus un spectacle forain se donnant librement cours en plein air (XVIIIe et XIXe siècles), la boxe a effectivement partie liée avec l’enfermement, la claustration, la mise à l’écart, l’ascèse, la protection. Là est une partie de son pouvoir d’attraction.