Le succès de l’équipe Sky tiendrait-il dans l’usage de plateaux elliptiques? Bradley Wiggins, maillot jaune, ne tourne pas rond. Depuis quatre ans, il a adopté un plateau de type ovoïde, dénommé «Osymetric», que son concepteur, Jean-Louis Talo, bio-mécanicien, présentait samedi en arpentant la salle de presse. Sa technologie, le Français l’a développée sur la base d’une étude pratiquée sur mille jambes, toutes catégories de la population adulte confondues. Le concept? «Ce plateau est conçu pour annuler les points morts», expose Lionel Marie, directeur sportif de l’équipe australienne Orica-GreenEdge, qui l’a fait découvrir à Bradley Wiggins et David Millar – vainqueur d’étape à Annonay –, alors dans la formation américaine Garmin, sur un Tour méditerranéen.

10% de watts en plus?

«Quand vous avez la pédale à la verticale, vous avez un point mort haut, un autre bas. La cheville est là pour qu’il ne dure pas, mais on perd un laps de temps quand même. Selon le constructeur, on gagnerait 10% de watts supplémentaires, sur une même distance et un même profil. Avec un plateau normal, on pousse et on tire sur les pédales. Avec celui-ci, on ne fait que pousser. La fatigue est moindre.» Jean-Louis Talo explique que, d’un point de vue musculaire, «le vaste externe, trop mis à contribution et trop longtemps avec un plateau rond», est ici épargné. «Avec le plateau elliptique, plus de muscles sont à l’œuvre, mais chaque muscle travaille moins. Le seuil lactique est donc plus élevé.»

Le gain majeur, le concepteur le situe en montagne. «L’inertie du vélo est plus importante. Le point mort, sur une côte, est plus pénalisant.» Lionel Marie, qui a testé personnellement ce plateau, corrobore le propos: «Dans les côtes à fort pourcentage, c’est un avantage. Vous n’avez pas de rupture de rythme.» Mais le plateau ovoïdal implique aussi «un pédalage un peu différent. Il faut avoir beaucoup de souplesse et favoriser des cadences assez hautes. Vous avez peut-être une moindre réactivité aux attaques. En revanche, vous gagnez en puissance. Vous pouvez tenir plus longtemps dans le même palier d’effort.»

Avec quelle efficacité? «Il manque des références chiffrées», répond Lionel Marie, qui a donné un jeu de plateaux en novembre dernier à l’Institut australien du sport. «J’attends actuellement les réponses, pour savoir si ce qu’avance le concepteur, soit 2 secondes tous les 3 km [ce qui pourrait faire augmenter la moyenne de 0,7 à 0,9%], est fondé. Même si le gain se monte ne serait-ce qu’à 5%, sur 200 km, c’est énorme. Dans le cas de Bradley Wiggins, ce plateau s’ajoute à beaucoup d’autres détails.»

Aucune étude concrète

Au sein de l’équipe Sky, ils sont trois à l’avoir adopté: le maillot jaune, Christopher Froome, deuxième au général, et Richie Porte. Sur le Tour 2012, il faut y ajouter deux coureurs d’Astana, Janez Brajkovic, huitième du général, et Andrey Kashechkin. Mais les premiers usages remontent à 1994, lorsque Cyrille Guimard, directeur sportif chez Castorama, avait induit les premiers essais. A l’époque, l’UCI aurait interdit de l’utiliser.

Aujourd’hui, pourquoi le Team Sky compte-t-il autant d’adeptes du plateau elliptique? «Les Britanniques n’ont pas de culture du vélo», relève Jean-Louis Talo. «Ils sont beaucoup plus ouverts à la technologie. Ils vous disent «envoie-le moi, je vais l’étudier.» Hier matin, Dave Brailsford, manager du Team Sky, nous répondait «qu’il existe beaucoup d’études, mais il n’y a rien de concret. On ne peut pas dire que cette technologie est sans effet, mais il s’agit du sentiment du coureur. Et s’il sent que c’est efficace, c’est important aussi pour le mental.» En coulisse, un membre du staff souffle que British Cycling aurait procédé à des tests. «Ça avait un aspect fun, ça sortait un peu de l’ordinaire. Bradley, comme il aime cela, l’a testé», rappelle Lionel Marie. Tout cela explique-t-il que le reste du peloton n’y recoure pas? Lionel Marie émet l’hypothèse qu’«il n’y a peut-être pas assez de références. Mais les autres se laisseront-ils tenter, si Bradley gagne le Tour?» Les deux étapes du week-end ont été remportées par André Greipel au sprint samedi, et Luis Leon Sanchez dimanche, alors que des clous de tapissier jetés sur la chaussée ont provoqué une trentaine de crevaisons. La direction du Tour a porté plainte contre X. Le classement général n’a subi aucun changement. (LT)