Breel Embolo avait dit qu’il allait «essayer de ne pas célébrer» un éventuel but contre la sélection du Cameroun, son pays natal. Quand il ouvre son pied droit et la marque, sur un centre de Xherdan Shaqiri, on le voit d’abord lever les bras au ciel, et puis c’est comme s’il coupe son geste, rattrapé par les sentiments contradictoires que lui inspirent ce match.

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Pour ses coéquipiers, qui l’enlacent longuement, l’essentiel est ailleurs: juste après la mi-temps, l’équipe de Suisse vient de débloquer une partie entamée dans la douleur, qu’elle va finir par remporter (1-0). Murat Yakin ne tarde pas trop à sortir Breel Embolo, sans doute autant pour le préserver émotionnellement que physiquement. La Coupe du monde est encore longue, c’est du moins l’ambition, et cette première victoire ne fera que la renforcer.

Pour le douzième Mondial de son histoire, le cinquième d’une série entamée en 2006, la Suisse a assuré l’essentiel en s’imposant devant les 39 089 spectateurs d’un stade qui compte officiellement 40 000 places (et comportait de nombreux sièges vides – allez comprendre). Mais le résultat n’occultera pas les difficultés qu’elle a rencontrées face à la probable moins redoutable des quatre équipes du groupe G. Contre le Brésil (lundi 28 novembre) et la Serbie (vendredi 2 décembre), deux formations qui s’affrontent ce jeudi à 20h, la Nati ne bénéficiera sans doute pas d’une mi-temps de droit aux erreurs.

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Eclairs dans un ciel calme

Murat Yakin n’aime rien davantage que masquer ses intentions. Ces dernières semaines, il a énormément parlé de flexibilité et il a encore savamment fait entretenir le doute quant au système qu’il allait utiliser en alignant une défense à trois contre le Ghana. Tout cela pour, au final, aligner l’exacte équipe qui a battu l’Espagne le 24 septembre dernier en Ligue des nations – un match qui restera longtemps une référence.

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Sur l’aile gauche, il privilégie donc Ruben Vargas à Noah Okafor, sans doute un peu parce qu’il tient ce dernier comme le remplaçant naturel de Breel Embolo en pointe, et un peu aussi parce que l’ailier d’Augsbourg défend mieux. Cela permet à la Nati d’articuler son dispositif en fonction des situations: 4-3-3 clair en défense, 3-5-2 (avec Widmer et Okafor sur les ailes et Shaqiri au centre) en rupture, voire 4-1-4-1 par (courts) moments, quand l’adversaire fait circuler le ballon bas dans son camp.

Cette souplesse existe dès les premières minutes, que la Suisse vit avec le ballon. Le Cameroun est bas, si bas qu’on le pense sur la défensive et peu sûr de lui. Erreur. Le plan de Rigobert Song consiste à endormir l’adversaire pour mieux le surprendre, à faire éclater des éclairs dans un ciel sans nuage. Le premier et le deuxième s'abattent coup sur coup à la 10e minute de jeu: Bryan Mbeumo prend la défense de vitesse, frappe fort, Yann Sommer repousse, et Karl Toko Ekambi rate le cadre.

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On comprend alors que rien ne sera facile. Les occasions camerounaises se multiplient, chaque récupération ou presque aboutissant à une situation dangereuse. A la 14e, une mauvaise passe à mi-terrain donne une longueur d’avance à Eric-Maxim Choupo-Moting qui part seul au but après un grand pont sur Manuel Akanji. Ce dernier revient in extremis pour gêner la frappe de l’attaquant du Bayern Munich, que Yann Sommer intercepte facilement.

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Hors de ses fulgurances, le Cameroun n’impressionne pas le moins du monde. Mais voilà que ses joueurs récupèrent encore la balle à la demi-heure, ils combinent entre quatre joueurs, peut-être la plus belle action collective observée depuis le début de cette Coupe du monde, Martin Hongla frappe, Yann Sommer s’interpose encore… Cinq minutes plus tard, dernière alerte avant la mi-temps. Si au moment de regagner les vestiaires, la Suisse avait été menée, personne n’aurait rien trouvé à y redire.

Mais c’était un autre scénario qui allait s’écrire en seconde période.