Tôt ou tard, Robinho doit partir. C'est le destin de tous les talents du futebol, que le Brésil exporte aux quatre coins du monde. Mais à présent, le principal espoir du foot brésilien, la dernière de ses idoles encore dans le pays, veut partir au plus vite. Pas seulement parce que le joueur, attaquant vedette du Santos (le club de Pelé), est convoité par le Real Madrid, qui lui aurait offert 30 millions d'euros. «Il veut vivre tranquille et, pour lui, cela n'est possible qu'en dehors du Brésil», a lâché son agent, Wagner Ribeiro.

Robinho, 20 ans, est en effet sous le choc de l'enlèvement de sa mère, Marina de Souza, le 6 novembre dernier. La police parle d'un enlèvement contre rançon, un crime qui a fait 375 victimes au Brésil en 2003, sans compter les innombrables «enlèvements éclair», qui consistent à emmener sa proie, braquée à main armée, faire le tour de plusieurs distributeurs de billets avant de la relâcher, au bout de quelques heures.

Depuis, l'attaquant, à qui son club a dû donner congé en plein championnat brésilien, vit dans l'attente de leur coup de fil. «Ils attendent que l'attention diminue», juge la police, qui a donc placé l'enquête sous le secret et a même annoncé l'avoir abandonnée, une stratégie pour les amener à rompre leur silence.

L'affaire montre que dans un Brésil miné par les inégalités sociales, la passion du futebol ne met plus ses vedettes à l'abri d'une violence croissante. Romario et Ronaldo eux-mêmes n'y ont pas échappé, mais se refusent malgré tout à céder à l'obsession sécuritaire des riches Brésiliens, qui se font escorter de gardes du corps. Il y a quelques années, les deux stars se sont fait braquer par des assaillants armés, qui leur ont volé leur berline même après les avoir reconnus. L'appartement de Ronaldo a encore été la cible de plusieurs tentatives de cambriolage.

Récemment, deux joueurs moins célèbres, Claudinei Rezende et Renato (FC Zurich), ont été tués, l'un dans une dispute entre gangs rivaux, l'autre alors qu'il tentait d'échapper à un hold-up. «Les joueurs sont des gens comme les autres», comme le dit Cafu. Mais Robinho, «idole de toutes les torcidas», les supporteurs pourtant fort sectaires des clubs du Brésil, se croyait, lui, intouchable semble-t-il.

Pourtant, le prodige recevait depuis des mois des appels anonymes de menaces, selon le journal Lance. Et l'enlèvement de sa mère, s'il est survenu au lendemain de la nouvelle de l'offre du Real, avait été «annoncé» trois jours plus tôt par une radio de Santos, qui prétend avoir été informée par une voyante…

Depuis, le joueur ne sort plus que flanqué de gardes du corps. Car il est visé: «On veut la mère de Robinho», ont ordonné ses ravisseurs, venus la capturer au domicile de ses amis, où elle se trouvait. A l'instar de Ronaldo, Romario, Robinho et d'autres, les footballeurs sont souvent eux-mêmes des gamins pauvres tirés de la précarité par le futebol, formidable ascenseur social, du moins pour les plus doués.

Mais si leur réussite nourrit les espoirs, elle déchaîne aussi les convoitises, d'autant qu'ils affectionnent les signes extérieurs de richesse. Il y a encore peu, Marina de Souza était femme de ménage. Mais depuis que Robinho est devenu riche, elle roule en Mercedes et lui, en Audi. Le salaire actuel du joueur est de 200 000 réais (84 294 francs), contre 1000 (278 francs) en 2002, année où il a été révélé, en offrant au Santos son premier titre de champion du Brésil.

S'il est souvent comparé à Pelé, c'est plutôt Garrincha qu'il rappelle, à cause de ses «pédalades», les dribbles déroutants qui l'ont consacré. «Conclure n'est pas son fort mais c'est un grand dribbleur qui sait créer des occasions et tirer son équipe des situations les plus délicates», dit Marcelo Damato, du Lance. «Son sourire de gamin, sa façon légère, créative et efficace de jouer enchantent, renchérit Tostão, l'un des plus grands (ex)-joueurs du Brésil. Robinho est un attaquant exceptionnel, même s'il sera difficilement aussi bon qu'un Kaká ou un Ronaldinho car il n'a pas leur force physique.»

Alors qu'on le disait trop efflanqué pour le foot européen, plusieurs clubs, outre le Real Madrid, se l'arrachent désormais, dont Chelsea (Angleterre), Benfica (Portugal) et le PSV Eindhoven (Pays-Bas). Le joueur, lui, préfère le Real, mais son transfert n'est pas garanti. Ce que veut ce club, c'est «un accord lui donnant la préférence pour l'achat de Robinho en juin», a précisé l'autre agent du joueur, Juan Figger, pour qui un tel «accord est très proche d'être conclu».

De son côté, le Santos répète que Robinho ne quittera pas le club avant la Copa Libertadores, la Ligue des champions sud-américaine, en juillet 2005. Enlèvement ou pas.