C'est la gueule de bois au Brésil, après l'élimination des quintuples champions du monde. Venus assister au match contre la France, dans le vieux centre de São Paulo, où la mairie avait installé un écran géant, les torcedores (supporteurs) rentrent chez eux sonnés.

«Déception», «frustration», «colère», ces mots sont sur toutes les lèvres. Nelsi, une vieille Noire qui vendait la panoplie du torcedor sur la place, enroule ses drapeaux auriverde. «J'ai pleuré», lâche-t-elle.

C'est que pour les Brésiliens, la Seleção, fierté nationale, est dans l'obligation de gagner. Cette défaite, Rogério a donc «du mal à y croire». «Moi qui pensais que nous étions les meilleurs au monde...» Comme Pelé, sa femme Jailina, elle, a eu «un mauvais pressentiment».

Car l'élimination de la Seleção n'a pas vraiment pris de court les Brésiliens. «On s'y attendait un peu, fait Sandra, venue en famille. L'équipe jouait très mal depuis le début du Mondial». La veille du match, l'entraîneur du Brésil, Carlos Alberto Parreira, avait lui-même mis en garde les joueurs. «Si l'équipe ne fait pas un saut qualitatif, elle rentrera plus tôt à la maison», avait-il dit.

C'est pourtant Parreira qui est mis en cause par le torcedor et la presse, qui dénonce «l'une des pires performances de l'histoire de la Seleção».

«Comme lors de la finale de 1998, [le match] fut une promenade pour la France, écrit la Folha de São Paulo, le principal journal du pays. Alors qu'il disposait de l'une des générations les plus brillantes du Brésil, l'entraîneur, qui sera démis de ses fonctions, n'a pas su monter une véritable équipe ni la doter d'un schéma tactique.»

Le journal n'épargne pas non plus les joueurs. A commencer par Roberto Carlos, «qui s'est arrêté pour ajuster ses chaussettes au moment du coup franc de Zidane, puis est resté immobile au lieu de marquer Thierry Henry, qui avançait librement vers le but». Pendant que Ronaldinho Gaucho, élu meilleur joueur au monde par la FIFA, est unanimement tenu pour «la plus grande déception du Mondial» tant il aura été transparent.

Les éditorialistes imputent la défaite à la «vanité du Brésil» qui s'est mal préparé, convaincu de faire trembler l'adversaire rien qu'avec ses cinq étoiles. «La Seleção s'est endormie sur ses lauriers», résume O Estado de São Paulo.

De son côté, Globo, première chaîne de télévision au Brésil, ironise sur le «beau jeu», censé être le label du Brésil: «Du spectacle, il y a en a eu, mais chez l'adversaire». En particulier chez Zidane, unanimement encensé par les médias. «Un artiste», «un génie». «A nous rendre fous de jalousie»...

Dans le centre-ville de São Paulo, Rogério se console: «L'hexa [le sixième titre mondial], ce sera pour la prochaine fois». Entre-temps, il fera comme l'immense majorité des Brésiliens: soutenir Felipão, alias Luiz Felipe Scolari, le coach brésilien du Portugal qui avait su, lui, emmener la Seleção vers son cinquième titre mondial, en 2002.