«Here Wiggo!» titrait le Daily Mirror avec la chevelure du vainqueur du Tour de France à découper. «Going for Wigggold», titrait The Sun avec deux rouflaquettes à découper. Une incitation encore une fois très «british» de la presse tabloïd à soutenir son héros en ce jour de contre-la-montre qui s’annonçait historique pour le Royaume. Mercredi, toute la Grande-Bretagne avait les yeux rivés sur Hampton Court et son somptueux château, théâtre de l’arrivée et du départ de cette épreuve chronométrée. Mercredi, même les chevaux portaient des favoris.

Dès 10 heures le matin, les bénévoles du centre de presse du site du cyclisme étaient dépassés et peinaient à contenir la marée médiatique déferlant dans cette salle trop petite et sous-équipée. Il fallut ramener en urgence des chaises et des tables supplémentaires. Cet équipement de secours n’a pas suffi. Et au retour de la course, les photographes envoyaient leurs prises de vue assis par terre.

Un effort récompensé par des images forcément imposantes avec Bradley Wiggins, l’or au cou et l’Union Jack sur le paletot, posant dans la cour de cette magnifique forteresse qui servit de repaire à Henri IV.

Un sujet peu respectueux

Des images comiques aussi, lorsqu’on connaît le peu d’inclination du vainqueur du Tour de France pour sa monarchie. Et l’ironie du sport veut que ce soit ce sujet-là, peu respectueux d’Elisabeth II – il a avoué avoir dit «fuck the Queen» à sa femme qui s’extasiait que cette dernière lui ait envoyé un message d’encouragement avant sa course de mercredi –, qui devienne mercredi le premier Britannique masculin en or de ces Jeux de Londres et surtout le plus médaillé de l’histoire du Royaume. Ce titre olympique du contre-la-montre est son quatrième, avec ceux décrochés en poursuite individuelle (2004 et 2008), en poursuite par équipes (2008). A tout cet or, s’ajoutent une médaille d’argent et deux de bronze à Sydney et Athènes.

La logique aurait voulu que Fabian Cancellara s’impose en grand contradicteur des ambitions britanniques. En temps normal, le Bernois, tenant du titre, aurait pu prétendre à l’or. Mais voilà. «Cancelloro» est devenu «Cancelloosa». La faute à cette maudite chute lors de la course en ligne, venue réveiller samedi les fantômes de sa fracture dans les Flandres. Le Suisse n’était pas à 100% et c’était déjà un petit miracle qu’il prenne le départ. Il a serré les dents, est allé au bout de sa douleur, présente dès le premier virage, mais n’a pu faire mieux que 7e. Et pour lui, c’est déjà beaucoup: «J’ai fait le maximum, et pour moi c’est le plus important. Après ce qui s’est passé samedi, je pensais que j’allais rentrer à la maison, me reposer et rester avec ma famille. Mais j’ai voulu respecter ces Jeux, mon rôle vis-à-vis de mon pays. Je savais que j’avais plus de chances de perdre que de gagner. Mais aujourd’hui, j’ai plus gagné que perdu. Savoir que j’ai donné le maximum, que j’ai travaillé main dans la main avec l’équipe qui a, elle aussi, fait le maximum pour moi est essentiel. Courir aujourd’hui, tout tenter, était une façon de la remercier pour ce qu’elle a fait ces derniers jours.»