Ce devait être la course de sa vie et il n'a pas manqué le rendez-vous. Jérémy Desplanches est monté ce vendredi sur la troisième marche du podium du 200 mètres quatre nages des Jeux olympiques de Tokyo. Il a terminé dans le sillage du Chinois Wang Shun et du Britannique Duncan Scott, explosant son record de Suisse de la discipline -anciennement 1'56''56 - en 1'56''17.

Il s'agit là de la neuvième médaille remportée par la délégation suisse au Japon. Mais en matière de natation, ce n'est que la deuxième de l'histoire après celle d'Etienne Dagon en 1984 (le bronze sur 200 mètres brasse).

«Le mental, c'est l'entourage»

Champion d'Europe en 2018, vice-champion du monde en 2019, et encore vice-champion d'Europe en mai dernier, le Genevois de presque 27 ans (le 7 août) se savait capable de l'exploit. Mieux: il a dédié sa vie à le réaliser depuis son élimination en demi-finale à Rio, en 2016. Comme il nous le racontait au printemps, les Jeux olympiques sont pour lui davantage que des points de repère importants dans une carrière. Ils relèvent de l'obsession. «Cela m'obnubile au point qu'aux Championnats du monde 2019, j'avais de la peine à me concentrer sur le moment présent, disait-il. Je pensais à Tokyo.»

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Ce vendredi, il a livré la course parfaite qu'il espérait. Il pointait au quatrième rang après le 50 mètres papillon, puis après le 50 mètres dos, encore après le 50 mètres brasse, et sans doute pendant les 49 premiers mètres de crawl aussi, mais il est parvenu à conclure 5 petits centièmes de seconde avant le Japonais Daiya Seto. «J'ai réussi la touche de ma vie, lâchait-il encore essoufflé au micro de la RTS. Je ne respirais plus, je ne voyais plus rien.»

Mais il l'a fait et l'essentiel est là. «Je ne vais pas en dormir pendant trois ou quatre jours, exagérait-il - on espère pour lui. Je ne vais pas pleurer car je ne pleure pas facilement, mais ça me touche. Je pense tout de suite à ma copine [la nageuse française Charlotte Bonnet], mon coach, ma famille. Le côté mental de la performance vient du soutien de l'entourage.»

Objectif Paris!

Mais c'est bien lui qui a fait les efforts et les sacrifices. En 2014, il quitte la Suisse pour s'installer à Nice où il côtoie sous les ordres de l'entraîneur Fabrice Pellerin des nageurs de premier plan. On lui dit qu'il est «correct partout mais bon nulle part» et à l'entraînement, tout le monde - y compris certaines filles - le bat. Il apprend petit à petit les rouages du très haut niveau, y prend goût, fait sien le programme spartiate des meilleurs, et progresse. Les yeux rivés sur les Jeux olympiques.

Entre sa demi-finale ratée à Rio et sa finale réussie à Tokyo se sont écoulés cinq longues années à enchaîner les bassins à raison de deux séances de deux heures quotidiennes. A dormir autant que possible pour récupérer. A manger sainement pour ne pas saboter le travail. Et puis Jérémy Desplanches touche en troisième position, et il sort de l'eau, et il n'a même pas reçu sa médaille qu'il se projette. «Vous avez vu les deux devant? Ils sont bien, bien devant. Tant mieux, cela me montre qu'il y a encore matière à progresser.»

Il le disait dès ce printemps: sa carrière se poursuivra en tout cas jusqu'à la prochaine édition des Jeux olympiques, en 2024 à Paris.