S'écraser ou quitter. A l'heure actuelle, c'est le seul choix qui s'offre aux coureurs qui refusent le dopage. Christophe Bassons a tenté de déroger à la règle, il n'a pas résisté. Il s'est fait broyer par ceux qui préfèrent le silence à la transparence.

Pour les hommes forts du milieu, la victoire est double. Tout d'abord, ils sont débarrassés de l'aiguillon qui, jour après jour, passait autant de temps avec les journalistes que sur son vélo. Dès vendredi, ils ont eu un souci de moins. Le robinet des ennuis est coupé. Ils auront la paix.

Ensuite, ils ont fait du Français un exemple à ne pas suivre, ravivant la peur chez les cyclistes qui, lassés de se battre pour la centième place, auraient été tentés de l'imiter. «Si lui n'a pas réussi, personne ne réussira», doivent penser ceux qui résistent à la tricherie. Car son discours a fait de Christophe Bassons une vedette. Même sans résultats extraordinaires, il a l'oreille des médias. Sa popularité est telle que le moindre de ses malheurs est répercuté. Plus personne ne peut lui nuire sans que cela ne se sache, sans que cela ne soit dénoncé.

Les autres n'ont pas cette chance. Au moindre écart, ils risquent de se retrouver au chômage, sans ressources, exclus d'un milieu qui souvent constitue leur unique possibilité de reconversion. Alors, ils se taisent, jaloux parfois de la notoriété de leurs pairs. Pour ne pas couper la branche sur laquelle ils sont assis.

Une situation dramatique qui aboutit au plus grand des paradoxes: celui d'un peloton tolérant la présence de Richard Virenque, dont l'image est associée au dopage, mais qui rejette le porte-parole des coureurs propres.

Christophe Bassons ne fait aujourd'hui plus partie du peloton. Mais il ne désespère pas de le réintégrer un jour. A condition de trouver une équipe qui accepte aussi bien l'homme que le cycliste. Son souhait est aussi le nôtre.