Chaque hiver, quelque 150 000 adeptes de glisse profitent des pentes enneigées de Bansko. Ils viennent de Bulgarie même, un pays qui ne compte pas de plus grande station, mais aussi de beaucoup plus loin. Avec son abonnement journalier à moins de 40 francs suisses, ce domaine skiable de 75 kilomètres de piste (14 installations de remontée mécanique) s’est construit la réputation de proposer l’un des meilleurs rapports qualité-prix du continent. Pour ne rien gâcher, les montagnes environnantes sont sublimes.

Voilà pour la face sud de ce sommet du tourisme hivernal en Europe de l’Est. Sa face nord: un développement rapide, depuis le début des années 2000, entaché par des critiques insistantes quant à des libertés prises avec la concession accordée en 2001. L’organisation écologiste WWF reproche à la société Ulen d’exploiter un territoire supérieur de deux tiers à ce qui était prévu, et ce au cœur d’un parc naturel classé par l’Unesco depuis 1983 et notamment peuplé d’ours et de loups. Le parquet bulgare a reconnu des «irrégularités» dans ce dossier.

Clause de confidentialité

D’autres détracteurs pointent la «gestion opaque» de Bansko. Longtemps, personne n’a d’ailleurs vraiment su qui se cachait derrière cette station en plein essor et lorsque le rideau est tombé, ce mardi, cela n’a pas manqué de surprendre: le Luxembourgeois Marc Girardelli, quintuple vainqueur de la Coupe du monde de ski alpin entre 1985 et 1993, a révélé dans une interview à la télévision Nova qu’il était le propriétaire du domaine.

«J’ai acheté la société Ulen en 2016. Elle appartenait à un fonds, je l’ai achetée à ce fonds», a-t-il déclaré sans livrer davantage de précisions. La veille, il avait présenté au gouvernement bulgare des documents attestant qu’il possède le fonds Tax Services Ltd, une société enregistrée aux îles Vierges britanniques qui contrôle Ulen, a précisé le Ministère de l’environnement. En février, le premier ministre Boïko Borissov avait pour sa part lancé qu’Ulen appartenait «comme tout le monde le sait à Tseko Minev», un homme d’affaires. L’intéressé avait formellement démenti cette affirmation.

Marc Girardelli n’est toutefois pas complètement étranger à ce personnage par ailleurs président de la Fédération bulgare de ski, que l’ancien champion conseille depuis 2004. «J’ai des hobbies communs avec Tseko Minev: le ski, la nature, la montagne», s’est contenté d’indiquer le Luxembourgeois à la télévision Nova. Il a refusé de dire à qui il avait acheté la station, invoquant une clause de confidentialité, mais il a assuré l’avoir obtenu à un prix «intéressant». «Beaucoup de bruits négatifs couraient, ce qui a obligé le fonds à vendre», a-t-il précisé.

Attente interminable

Pourquoi sortir du bois maintenant? Peut-être parce que la station, située dans la chaîne de Pirin, au sud-ouest de la Bulgarie, a besoin d’un coup de pouce pour poursuivre son essor. «Nous avons intérêt à développer la meilleure zone de ski d’Europe de l’Est, a estimé Marc Girardelli. Nous essayons depuis dix ans de construire une deuxième télécabine et ne pouvons pas.» La première télécabine, que tous les skieurs doivent emprunter pour accéder au plateau d’où partent la plupart des autres installations, ne peut véhiculer que 2200 personnes par heure. En haute saison, l’attente peut se révéler interminable. «Minimum une heure et demie», se plaint un internaute très critique sur le site de référence Ski Info.

A l’instar de la Géorgie, souvent décrite comme le nouveau paradis du freeride, et la Turquie, dont la station d’Erzurum a été candidate pour l’organisation des Jeux olympiques d’hiver, la Bulgarie estime aussi pouvoir attirer les adeptes de sports d’hiver en quête de nouveaux horizons. Depuis 2009, elle peut compter sur la publicité de courses de haut niveau: Bansko accueille des épreuves de Coupe du monde de ski alpin (un combiné, un super-G et un slalom géant masculin du 22 au 24 février en 2019). Désormais, elle ajoute officiellement à ses atouts marketing le visage d’un ancien champion.