Mi-juin, la Nationalmannschaft quittait le Championnat d'Europe sur la pointe des pieds. La cinglante élimination au premier tour était un camouflet pour cette grande nation du football. Les semaines qui ont suivi cet échec, les complaintes sur le faible niveau de jeu n'ont pas cessé. Certains journaux allemands allant jusqu'à proposer des dessins explicatifs sur l'exécution d'un contrôle orienté, d'un dribbling ou d'un une-deux! Dans cette morosité, le marché des transferts pouvait enfin apporter une bouffée d'air frais.

Cruelle désillusion.

Le championnat qui débute ce week-end – Borussia Dortmund-Hansa Rostock avait lieu vendredi soir en match avancé – n'a pas vu l'arrivée de joueurs célèbres. Alors que Figo, Crespo et Anelka enflammaient les marchés espagnol, italien et français à coups de dizaines de millions de francs suisses, les clubs allemands n'ont pas fait de folies (lire ci-contre). Ainsi, le défenseur français Willy Sagnol est le joueur le plus cher de l'été, recruté pour seulement 15 millions de DM (11,5 de francs suisses) par le Bayern Mu-nich. L'an dernier, les dépenses générales entre les dix-huit équipes de première division étaient d'environ 170 millions de francs. Cette année, elles se sont limitées à quelque 100 millions. Soit le montant que le Real Madrid a dépensé pour arracher Luis Figo au FC Barcelone…

Il est vrai que l'ébullition observée dans les clubs latins donne matière à réflexion. «Je ne sais pas si on pourra encore mener une telle politique de transferts à l'avenir», s'interroge dans L'Equipe Karl-Heinz Rummenigge, vice-président du Bayern Munich. En fait, les clubs allemands sont restés fidèles à leur habitude. Une attitude qui découle d'abord du règlement: le fisc et la fédération ne tolèrent pas de déficit. Mais aussi d'une rigueur toute germanique. Car l'argent ne manque pas. D'abord, la moyenne des spectateurs (plus de 30 000 par match) reste élevée. Ensuite, et surtout, la télévision verse une manne énorme. Le nouveau contrat des droits TV, signé pour quatre ans avec le groupe de Leo Kirch, rapporte 600 millions de francs suisses par année à la fédération et aux clubs (contre 275 millions auparavant). Le groupe ISPR a obtenu le droit de diffuser en pay-per-view. Les 306 matchs seront ainsi retransmis en direct contre payement et tous les clubs ont écrit une lettre à leurs milliers de fans: «Cher supporter, si tu veux toujours nous soutenir, achète le décodeur et abonne-toi.» En conséquence, chaque journée de championnat est «saucissonnée» en quatre tranches: un match avancé au vendredi soir, cinq le samedi après-midi, un le soir et deux le dimanche après-midi.

Dans ce contexte, le Bayern Munich part à nouveau grand favori. L'an dernier, les Bavarois ont obtenu leur 16e titre de façon rocambolesque en coiffant sur le fil le Bayer Leverkusen (à la différence de buts). Ils ont du même coup signé le troisième doublé de leur histoire (après 1969 et 86). Cette saison, forts d'un effectif quasiment inchangé, ils seront à nouveau l'équipe à battre, bien que la liste des blessés soit déjà longue (Elber, Sergio, Strunz, Effenberg et Jeremies). A quatre reprises sur le podium depuis quatre ans, le Bayer Leverkusen s'annonce comme le principal antagoniste, même si l'équipe de Christoph Daum, futur sélectionneur national (en juin 2001), a vendu à l'AS Rome un de ses meilleurs atouts, le milieu de terrain brésilien Emerson. Derrière ces deux équipes, Hertha Berlin, Werder Brême, Munich 1860, Hambourg ou encore Kaiserslautern ont quelques ambitions.

Cinq Suisses évoluent en Bundesliga. Le championnat sera dès lors suivi avec attention par le sélectionneur Enzo Trossero. Après un premier passage en demi-teinte lors de la saison 1997-98, Ciriaco Sforza est de retour au Bayern Munich. Murat Yakin a pris sa place au FC Kaiserslautern. Raphaël Wicky, au Werder Brême, est animé d'un sentiment de revanche après une saison décevante, notamment pour des problèmes dorsaux récurrents. Le gardien Pascal Zuberbühler a choisi une aventure passionnante en signant au Bayer Leverkusen, mais à haut risque puisqu'il n'est pas assuré de sa place de titulaire. Enfin, l'international «espoir» Oumar Kondé entame sa deuxième saison au SC Fribourg.