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Le transfert à l’AC Milan de l’attaquant argentin de la Juventus Gonzalo Higuain a animé le mercato en Italie.
© STRINGER/AFP

Football

En été, le business média du mercato

L’avidité toujours plus grande des supporters pour l’actualité des transferts oblige journaux et radios à suivre la course à l’info lancée par les sites spécialisés. Mais gare aux «fake news»

Cristiano Ronaldo à la Juventus, Gonzalo Higuain au Milan AC, Alisson à Liverpool. En attendant le retour des championnats, le mercato va bon train, pour le plus grand plaisir des supporters. Comme chaque été, ces derniers se sont mis à déserter momentanément les terrains pour fureter à la recherche de la moindre rumeur de transfert concernant leur club de cœur. Un petit jeu qui s’est, au fil du temps, transformé en passion dévorante.

Lire aussi: Le mercato des entraîneurs a débuté

«Le mercato, surtout celui d’été, est devenu le vrai feuilleton estival, analyse Pascal Ferré, rédacteur en chef de France Football. Ça agace tout le monde, personne ne prend au sérieux cette vaste comédie très stéréotypée avec son vocabulaire propre, mais tout le monde dévore ces actus-là. C’est en fait un peu comme les magazines people: soi-disant, personne ne les lit mais les ventes continuent de cartonner!»

Une magie efficace

Un avis partagé par Sébastien Denis, directeur du site Foot Mercato, leader du secteur: «Difficile d’expliquer d’où vient la passion pour le marché des transferts… Le supporter de base est excité par la rumeur. Il aime jouer au manager, faire son équipe théorique. C’est peut-être l’influence de jeux de management comme Football Manager… Mais le mercato, c’est avant tout une sorte de magie!»

Une magie efficace reproduisant, tel un blockbuster, tous les codes de l’époque: la spectacularisation du sport, l’individualisation du football, l’accélération du temps et la prédominance de l’argent sur le jeu. Difficile de ne pas y voir une énième victoire symbolique du foot business sur le sport d’antan. «Dans un monde idéal, le mercato n’existerait pas, soupire Pascal Ferré. Les joueurs resteraient à vie au sein du même club. Mais cette approche romantique n’a plus de sens en 2018. Alors, autant s’adapter sans pour autant se vautrer dans une espèce de course à l’info imbécile.»

L’essor de la «fake news»

L’engouement pour le marché des transferts n’a rien de nouveau. Dans le sillage de l’arrêt Bosman (1995), une ribambelle de journaux de mauvaise qualité se sont mis à diffuser les rumeurs de transfert les plus abracadabrantesques (Zinédine Zidane à Manchester United, Steven Gerrard à Chelsea, Mario Jardel à l’OM). Objectif à peine masqué: exciter l’imagination et vendre du papier.

Vingt années plus tard, la version 2.0 de ces canards à l’éthique douteuse a profité de l’essor du net pour prospérer. Journaliste à L’Equipe, Joël Domenighetti observe d’un œil circonspect l’évolution de l’information en matière de marché des transferts: «Aujourd’hui, la culture du zapping prédomine. Le public s’informe principalement par le biais de brèves très courtes, de 300 à 500 signes. On navigue ainsi d’une info à une autre en satisfaisant son amour pour une équipe.»

«Sur 50 infos, 42 sont fausses»

Joël Domenighetti a vécu le changement d’ère et les bouleversements engendrés par la multiplication des supports médias liés, de près ou de loin, à l’écosystème des transferts. «Il y a une dizaine de sites internet qui coexistent sur le marché, dont huit ou neuf qui balancent des rumeurs sans fondement… Vous avez même des supports nationaux qui organisent des «live mercato» toute la journée et publient des brèves pour un oui ou pour un non. Sur 50 infos, 42 sont fausses. On surfe sur la curiosité du public, soit. Sauf que le journalisme, ce n’est pas de la prédiction, c’est de l’analyse…»

La fake news, cette information volontairement erronée délivrée et répétée de façon à susciter une réaction souvent épidermique de l’opinion, n’est parfois pas loin. «S’il y a un lien avec cela, poursuit Joël Domenighetti, il est mercantile. Un agent de joueur aura souvent intérêt à ce qu’une info, contrôlée voire fabriquée, sorte dans le journal. Il pourra l’utiliser pour faire monter les enchères autour du joueur qu’il représente…» Dupes ou cyniques, les médias relayant ces infos douteuses engrangent les clics. Du club à l’agent en passant par les joueurs et les sites, tout le monde y gagne. Bienvenue dans l’ère de la post-vérité!

En septembre 2017: Plaidoyer pour un mercato plus court

Le cas Foot Mercato

Dans cet océan de rumeurs et de ferveur 2.0, un site initialement amateur a su tirer son épingle du jeu pour devenir l’une des rares références du secteur. Créé en 2004, Foot Mercato a d’abord comblé un vide, celui de l’info quotidienne autour du marché des transferts, avant d’élargir son spectre pour devenir un média de football à part entière. «A l’époque, sur internet et même en print, on ne parlait que très peu du mercato», se remémore Sébastien Denis. «Hormis à L’Equipe et dans France Football, il n’y avait rien… Nous sommes donc arrivés tôt et ça a permis d’asseoir notre prédominance sur un marché devenu très concurrentiel avec les années. Par la suite, nous avons basculé vers un site généraliste avec des revues de presse, des papiers de fond, des focus sur certaines équipes. Bref, une couverture globale qui ne se limite pas aux seuls mouvements de joueurs.»

La recette fonctionne au-delà des espérances. Fort de quatorze ans d’expérience et porté par un marketing agressif, Foot Mercato est parvenu à se hisser dans le top 15 des sites de l’internet tricolore, avec une fréquentation mesurée par l’ACPM (Alliance pour les chiffres de la presse et des médias) entre 20 et 55 millions de visites uniques selon les mois (lire la définition plus bas). Le site s’est développé, a embauché, ouvert des succursales en Allemagne et en Espagne et même accrédité plusieurs journalistes à la Coupe du monde en Russie. Son application, plus téléchargée que celle de BFM TV ou France Info, oscille «entre la troisième et la sixième application média de France».

Les réseaux sociaux comme caisse de résonance

Tandis que L’Equipe, Marca, ESPN, The Guardian et 20 minutes ont tous musclé leur rubrique mercato, le talk-show After Foot sur les ondes de la station française RMC a fait le choix de coller à l’air du temps. Sa stratégie: combler le manque de matchs en commentant, chaque soir, les rumeurs de transfert du moment. Résultat: des heures d’antenne consacrées à un hypothétique transfert de Neymar vers le Real ou à la venue annoncée de Balotelli à l’OM, le tout avec la promesse d’une interactivité de tous les instants.

L’auditeur-supporter se retrouve ainsi partie prenante du dispositif par le biais des réseaux sociaux. Une nouvelle façon de faire du journalisme sportif qui, au-delà de la forme, enfante désormais ses propres stars. Etoile montante du groupe RMC, Mohamed Bouhafsi, docteur ès mercato bien introduit dans le milieu des présidents de club et des agents, s’est ainsi servi du tremplin des transferts pour décrocher, à seulement 26 ans, le poste de rédacteur en chef football à RMC Sport.

Aujourd’hui, une galaxie de médias amateurs au fonctionnement artisanal imite cette nouvelle façon de travailler. A l’instar du collectif Paris United créé par des fans du PSG, celle-ci s’appuie souvent sur une assemblée de supporters mettant en commun leur temps et leur réseau pour partir à la pêche aux infos concernant leur club. Leur terrain de jeu favori: Twitter, qui sert de caisse de résonance à leurs infos exclusives.

Paris United, chevalier blanc du mercato

Dans cet écosystème n’aimant rien tant que de raconter les dessous du foot business, le cas éminemment politique de Paris United se distingue. Jouant sur l’identité mystérieuse de ses fondateurs et sa volonté «d’informer les supporters parisiens» en «rétablissant des vérités qui ont besoin d’être dites», Paris United, et ses 88 000 followers sur Twitter, constitue aujourd’hui un «contre-pouvoir» capable d’annoncer, avant les autres médias, les arrivées de Neymar, Kylian Mbappé, et plus récemment Lassana Diarra. En mars 2018, Paris United publiait même un livre de «révélations» sur le PSG qui se classait immédiatement en tête des ventes sur Amazon. Suffisant pour bouleverser la ligne éditoriale d’une institution comme France Football?

En partie seulement, répond Pascal Ferré, son rédacteur en chef: «Puisqu’il n’est pas question de se boucher le nez et de jouer les vierges effarouchées devant cette matière spéciale, France Football s’y est mis, comme tout le monde. On a «musclé notre jeu» en développant notre département «infos» afin d’alimenter notre site. Pour le print, en revanche, on ne s’aventure pas sur le terrain de l’info pure/exclusivité, car ce serait un pari perdu d’avance. On se consacre plutôt à l’analyse et aux dessous des négociations.» Plutôt que de céder à l’air du temps, la bible du football plébiscite le décryptage.


Qu’est-ce qu’un visiteur unique?

La notion de «visiteur unique» exprime la visite du site concerné par une personne, depuis un terminal (ordinateur, téléphone, tablette…). Selon la période choisie, le «visiteur unique» ne sera compté qu’une fois, quel que soit le nombre de pages du site qu’il consulte. En revanche, s’il utilise plusieurs terminaux, ceux-ci seront comptés à chaque fois.

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© JOHN MACDOUGALL