Le Ballon d'Or 2001 ne pouvait pas échapper à Michael Owen. Leader d'attaque d'un Liverpool titré à cinq reprises (Coupe de l'UEFA, Supercoupe, Charity Shield, Coupe de la Ligue et Coupe d'Angleterre), l'international anglais peut faire valoir une saison exceptionnelle au sein d'un collectif à qui tout – ou presque – a réussi. Une consécration sans surprise, donc, d'autant que son nom avait été relayé durant le week-end à la suite de plusieurs indiscrétions. Avec 176 points, le «Boy Wonder» (le gosse merveilleux), comme on le surnomme en Angleterre, a nettement devancé Raul (Real Madrid, 140 pts), Oliver Kahn (Bayern Munich, 114 pts), David Beckham (Manchester United, 102 pts) et Francesco Totti (AS Rome, 57 pts). A 22 ans – il les a fêtés le 14 décembre – Michael Owen devient le sixième Britannique à décrocher le Graal après Kevin Keegan (1978 et 1979), George Best (1968), Bobby Charlton (1966), Dennis Law (1964) et Stanley Matthews (1956).

La trajectoire du nouveau Ballon d'Or se résume en quelques mots: vitesse de course, vitesse d'exécution et précocité fulgurante. Très vite, le petit Michael n'a qu'une passion: le football. Quatrième enfant d'une famille de cinq, il joue avec ses frères dans le jardin familial. Déjà, sa facilité déconcerte. A 11 ans, dans le cadre d'une compétition interscolaire du Pays de Galles, le gamin place 92 fois le ballon dans les filets adverses. Un record qui tient toujours. A 17 ans, il passe tout naturellement professionnel. Mais au lieu de rejoindre les «Blues» d'Everton, l'équipe où a évolué son père, il signe pour les «Reds» de Liverpool, la fierté de la ville avec ses quatre titres de champion d'Europe.

Pour sa première apparition avec l'équipe fanion, il inscrit un but. A 18 ans et 59 jours, il devient le plus jeune international anglais de l'histoire. Des débuts qui poussent certains nostalgiques à le comparer au roi Pelé de 1958, champion du monde à 17 ans. Quelques mois plus tard, il participe à la Coupe du monde française, inscrivant un but venu d'ailleurs face à l'Argentine. Un exploit qui aurait pu lui faire perdre la tête. Il aurait pu se vendre au plus offrant et rejoindre l'Espagne ou l'Italie. Mais il ne cède pas aux sirènes étrangères. Il reste fidèle au club d'Anfield Road. Un choix judicieux puisqu'il progresse chaque année. Avec comme point d'orgue une année 2001 extraordinaire, où, outre les titres remportés avec Liverpool, il sera l'un des principaux artisans de la qualification anglaise pour le Mondial 2002, réussissant notamment un hat-trick à Munich face à l'Allemagne (1-5).

Avec 14 buts en 32 sélections, Michael Owen marche donc sur les pas des plus grands attaquants britanniques. Le dernier en date, Alan Shearer, ne tarit pas d'éloges pour son cadet: «Michael est incroyable. Malgré son jeune âge, il a des nerfs d'acier.» Paul Ince, un ancien de Liverpool, renchérit: «On a l'impression que rien ne l'impressionne.» Pourtant, avec son physique de jockey (1,70 m pour 68 kilos), Owen n'a rien d'une terreur des défenses. Une fragilité apparente qui avait poussé Roy Evans, coach de Liverpool avant l'arrivée du «frenchie» Gérard Houllier, de le ménager à ses débuts. Mais très vite, Michael-le-malingre a prouvé qu'il était prêt pour les combats de la «Premier league». Habile à s'extraire des tacles, il a aussi montré qu'il ne se laisserait pas faire par des défenseurs plus grands et plus forts que lui. En 1998, Ronny Johnsen, stoppeur de Manchester United, l'a appris à ses dépens, durement blessé par un tacle décidé du petit prodige.

Aujourd'hui, Michael Owen n'a plus rien à prouver. Mais pour s'imposer dans la cour des grands, et confirmer qu'il mérite ce Ballon d'Or, il devra briller lors d'un Mondial asiatique où il sera surveillé comme le lait sur le feu.