L’autre Maison blanche ne connaît pas la crise… Le Real Madrid, qui va débourser 99 millions de francs pour le Brésilien Kaka, est prêt à allonger 142 millions supplémentaires afin d’acquérir le Portugais Cristiano Ronaldo – record mondial battu (voir en page 2). Manchester United, qui avait repoussé les assauts madrilènes l’été dernier, va céder son joyau. Contraint – heureux? – de s’incliner devant une offre qualifiée d’«inconditionnelle» sur le site du club.

Le contrat de cinq ans, avec une proposition de salaire de 9 millions d’euros par an selon les médias espagnols, n’a pas encore été paraphé. Cela ne saurait tarder. «Si Manchester a donné l’autorisation à son joueur de négocier avec le Real, c’est que les deux clubs se sont mis d’accord», explique John Dario, agent de joueur. «Quand on met 142 millions sur la table, le transfert n’échoue pas pour une question de salaire. Et puis 9 millions par an, c’est correct par rapport aux prix pratiqués.»

Après Kaka, avant Franck Ribéry ou David Villa, tous deux dans le viseur du Real, Cristiano Ronaldo pose donc ses valises à Santiago-Bernabeu. Bienvenue dans «Les Galactiques II», le nouvel opus de Florentino Perez. Lors de son premier mandat de président (2000-2006), le numéro un du bâtiment espagnol avait déjà prôné le vedettariat à outrance – Figo, Zidane, Beckham, Ronaldo, Owen… Tout avait bien commencé avec la victoire en Ligue des champions en 2002; tout s’était mal terminé, avec trois saisons sans titre. Un mot collait alors à la politique de Florentino Perez: échec. Réélu le mois dernier à la tête du club merengue, l’entrepreneur n’a pas changé son fusil d’épaule. Malgré la dette abyssale du Real, évaluée à un demi-milliard d’euros, il serait prêt à investir jusqu’à 300 millions dans la campagne de transferts estivale.

Cette boulimie, assujettie à «un projet sportif spectaculaire», ne plaît pas à tout le monde. «L’enchaînement presque quotidien de transferts mirobolants au moment où le football fait face à de dangereux défis financiers m’interpelle», s’est ému auprès de l’AFP Michel Platini, président de l’UEFA, qui prône davantage de philanthropie dans le football. «Cet engrenage pose de nouveau et de façon aiguë la question du fair-play financier et de l’équilibre de nos compétitions.» Gerry Sutcliffe, ministre britannique des Sports et supporter de Manchester United, s’interroge aussi: «Ces sommes sont tout simplement au-delà de la compréhension de la plupart des supporters ordinaires. Je suis inquiet de voir un petit groupe de clubs riches devenir encore plus riche.»

Surenchère dommageable

Cristiano Ronaldo au Real pour 142 millions, une indécence? Non, un investissement. «Il s’agit d’un risque calculé», estime John Dario. «Entre les droits sur l’image du joueur, qui reviennent en partie ou en totalité au club, et avec les ventes de maillots, ce genre de transfert est en général assez vite amorti.» Ne reste plus qu’à cueillir des trophées, redorer le blason d’un Real éliminé dès les huitièmes de finale de la Ligue des champions lors des cinq dernières saisons.

A peine ouvert, voilà que le marché s’emballe. D’aucuns craignent que l’appétit madrilène n’engendre une surenchère dommageable pour tous. John Dario ne croit pas à ce scénario: «On parle de trois joueurs là, de quelques très gros coups. Mais pour le reste, cette période de transferts s’annonce très moyenne. Les clubs ne peuvent pas sortir beaucoup d’argent. Regardez le Hertha Berlin de Lucien Favre, brillant quatrième de Bundesliga mais qui se retrouve avec zéro franc pour recruter. Ça s’annonce calme.»

Un homme, en revanche, doit s’attendre à vivre des semaines agitées: Manuel Pellegrini, nouvel entraîneur du Real. Lors de son intronisation, le Chilien a mis des mots très simples sur son idée du jeu: «Une défense à quatre premièrement. Ensuite, deux milieux de terrain légèrement reculés, qui peuvent ressortir le ballon avec les deux latéraux qui montent. Devant, deux milieux de création qui soutiennent deux attaquants.» Il faudra, avant tout, obtenir des résultats. Et vite.