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Tennis

Ce que cachent les forfaits à l’US Open

La fin de saison est dure pour les organismes. Loin de l’incertaine bataille entre cinq ou six prétendants, l’US Open se limitera sans doute, faute de combattants, à un duel entre Roger Federer et Rafael Nadal

A l’US Open de tennis, les blessures pleuvent sur le tableau masculin comme les gnons sur le marché de Brive-la-Gaillarde. Djokovic, Murray, Raonic, Wawrinka, Nishikori ont tour à tour annoncé leur forfait, donnant à la chronique tennistique estivale un petit air de Brassens. «Ils tombent tombent tombent tombent / Et selon les avis compétents / Il paraît que cette hécatombe / Fut la plus belle de tous les temps.»

Le dernier en date à renoncer fut Andy Murray, pas plus tard que vendredi. Après un ultime entraînement avec le Français Lucas Pouille, l’Ecossais s’est rendu à l’évidence: depuis des mois sa hanche le fait trop souffrir.

La première urgence samedi à Flushing Meadows fut donc de prendre des nouvelles de Roger Federer et de son dos, qui l’avait contraint à ne pas s’aligner au tournoi de Cincinnati. «Nous allons bien, a rassuré le Bâlois. Depuis plus d’une semaine, je rejoue normalement et je recommence à penser tactique à l’entraînement. J’avais quelques doutes mais pas vraiment d’inquiétude.»

Une baisse statistique de 7%

Deuxième préoccupation: essayer de comprendre ce qui se passe. Selon l’ATP, pas grand-chose. Les statistiques tenues par l’association depuis 2012 montreraient même une baisse de 7% du nombre de blessures depuis le début de l’année. Le recul statistique est bien faible mais l’ATP s’y accroche. «Nos joueurs font beaucoup de soins préventifs qui augmentent leur longévité sur le Tour», a expliqué Todd Ellenbecker, vice-président du service médical de l’ATP, à la BBC.

Lire aussi: Novak Djokovic préfère en garder sous le coude

La vague de forfaits qui s’abat actuellement impressionne cependant parce qu’elle frappe les meilleurs. L’US Open débute sans ses deux finalistes de l’an dernier (Stan Wawrinka et Novak Djokovic) ni aucun des joueurs classés aux cinq premières places en fin d’année 2016 (Murray, Djokovic, Raonic, Wawrinka, Nishikori). Le tournoi s’en remet paradoxalement à quatre hommes – Roger Federer, Rafael Nadal, Marin Cilic et Juan Martin Del Potro – qui ont longtemps été absents pour soigner des blessures.

«Personne ne comprend cette situation mieux que moi parce qu’aucun top joueur n’a dû manquer autant de grands tournois que moi», a déclaré Rafael Nadal avant le Masters 1000 de Cincinnati, où une cascade de forfaits (déjà) lui offrait la place de numéro un mondial sans combattre. Presque par défaut. Il y avait dans cet aveu de l’Espagnol la volonté de ne pas dévaloriser son sacre; il y a toujours des blessés, cela fait partie du jeu.

L’idée communément admise est qu’il y a trop de matches. Pourtant, contrairement aux idées reçues, les joueurs actuels sont moins souvent sollicités que leurs aîné

On jouait plus, avant

Entrer sur le court en ayant mal quelque part est banal en tennis. «Ils sont absolument tous blessés!» constate, effaré, un homme de loi qui travaille actuellement sur le circuit professionnel. «Au Geneva Open, Stan Wawrinka se posait déjà une poche de glace sur le genou après chaque match», rappelle l’ancien joueur Marc Rosset. Certains, comme Rafael Nadal ou l’Indienne Sania Mirza, ont déjà avoué ne plus se souvenir d’un matin où ils se seraient réveillés sans douleur. Dans son autobiographie, Andre Agassi raconte comment, aux dernières heures de sa carrière, il devait quasiment ramper jusqu’à la douche, qu’il prenait longue et brûlante, jusqu’à ce que la chaleur redonne vie à son dos. Ensuite seulement il pouvait marcher normalement.

L’idée communément admise est qu’il y a trop de matches. Pourtant, contrairement aux idées reçues, les joueurs actuels sont moins souvent sollicités que leurs aînés. Roger Federer jouera mardi en night session contre l’Américain Frances Tiafoe son 1364e match professionnel. Ken Rosewall en a disputé 2248, Bill Tilden 1791, Rod Laver 1605. Aucun contemporain de Federer ne figure parmi les dix joueurs ayant totalisé le plus grand nombre de matches.

Les joueurs actuels disputent en moyenne entre quinze et vingt tournois par an et sont souvent accompagnés d’un physiothérapeute. «A Gstaad cet été, j’ai discuté deux heures avec Roy Emerson: il faisait 40 tournois par an, raconte Marc Rosset. A mon époque, un gars comme Evgueni Kafelnikov, qui n’avait pas peur de dire qu’il jouait pour l’argent, se tapait 150 matches (sic) par saison. Mais ces joueurs étaient moins souvent blessés que les champions actuels. Et l’on parle d’une année non olympique et de joueurs qui n’ont pour la plupart pas joué un match de Coupe Davis!»

«Il faut faire plus dans chaque match»

Roger Federer, qui n’aime pas trop que les choses changent, n’est pas favorable non plus à un allégement du calendrier. «On peut réduire de moitié le nombre d’épreuves et s’il y a encore des blessures, on peut à nouveau alléger le calendrier pour finir avec deux mois de compétition, mais il y aura toujours des blessures, a-t-il ironisé en conférence de presse. C’est juste que les joueurs qui sont blessés ont la trentaine et que l’enchaînement des saisons est usant.»

Roger Federer pointe un phénomène connu: l’âge croissant du top 100, dont plus de 40% des membres sont trentenaires, contre à peine 10% voici une dizaine d’années. Pas suffisant pour Marc Rosset. «L’ATP doit se poser les bonnes questions. Pour moi, il y a quelque chose à faire avec les balles et les surfaces de jeu pour que le tennis devienne moins physique.» «Dans un match, aujourd’hui, vous devez en faire plus que par le passé, a expliqué John McEnroe sur ESPN. Les frappes et les courses se répètent plus souvent. Et c’est pour cela que l’on voit de plus en plus de blessures.»

C’est donc plus une question d’intensité que de quantité. Et peut-être de volonté. Là où autrefois les joueurs jouaient blessés, aujourd’hui ils ne le font plus. «Peut-être qu’ils ne veulent plus jouer en étant blessés et se disent: je reviendrai quand je serai à 100%», se hasarde Federer, qui sait que son exemple a marqué les esprits.

«Il y a quand même désormais beaucoup de blessures aux genoux ou à la hanche, qui ne laissent pas trop le choix, remarque Marc Rosset. Traditionnellement en tennis, ce sont surtout les épaules et le dos qui souffrent.» Roger Federer, qui a mené toute sa carrière avec l’idée de durer, et qui en 2012 se faisait une fierté de n’avoir subi ni infiltration ni opération, a dû se résoudre à l’une comme à l’autre. Le prix pour être aujourd’hui l’un des favoris à New York.

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