On le croit sherpa, il s'improvise psychologue du sport. Mentor tactique au départ d'un trou, il quitte les greens en jardinier des sables. Le caddie est un caméléon.

Pour l'œil néophyte, ce suiveur docile reste un vestige d'ancestrales coutumes aristocratiques. Après tout, ne porte-t-il pas le sac pendant que d'autres s'amusent? Mais à l'heure du golf globalisé, le caddie est une île d'humanité. Travailleur de l'ombre, il est le premier à recevoir les effusions de joie de la championne mais aussi l'indispensable tampon face aux frustrations du métier. Pas étonnant dès lors que de nombreux caddies enfilent à la ville le costume de mari. Un mélange des genres aussi évident que compliqué.

Axel Bettan est le «caddie-husband» de Sophie Giquel, une des rares Françaises à militer au sein du très exigeant circuit américain. Au terme d'un dernier tour satisfaisant (-2), il a accepté de détailler les spécificités de son métier. «Au moment d'armer son swing, la joueuse doit se trouver dans un état de confiance qui lui permet de se focaliser sur l'instant. Notre rôle est donc d'avoir sécurisé tout ce qui précède le geste. Parfois, elle se sent bien et joue de manière autonome. Mais quand le doute s'installe, il faut jouer les garde-fous.»

Minutieux et méthodique, le caddie entre en scène avant même le premier entraînement de la semaine. Seul, il repère le parcours et en intègre les distances, la pente des greens. Un travail qui lui permet le jour J de tenir le «tableau de bord» et de conseiller au mieux sa joueuse face à un obstacle ou lorsqu'un drapeau a changé de place. «A ce niveau de compétition, 90% des erreurs proviennent d'un mauvais choix ou d'un doute qui influence la confiance placée dans une approche.»

Conseiller discret, le caddie est l'homme des murmures furtifs qu'on imagine volontiers décisifs. Mais il est avant tout le gardien d'une routine immuable qu'il cultive afin de garder sa joueuse dans une bulle de concentration. Au départ de chaque trou, il retire puis replace les larges peluches qui protègent les bois et donnent à l'équipée une touche de candeur bienvenue. Arrive ensuite le green et sa vaste entreprise de nettoyage qui voit la balle inlassablement astiquée jusqu'à la faire briller. «La fonction première est d'en retirer les impuretés afin qu'elle roule mieux. Mais le rôle psychologique du rituel est presque plus important, confie Axel Bettan. Même par temps sec, nous nettoyons systématiquement les balles.» Derrière la futilité apparente des habitudes se dessine la quête d'un équilibre psychologique que la nature du golf rend forcément précaire. Hier sur le fairway du trou numéro 15, le jeune caddie alla même jusqu'à imposer le silence à des spectatrices dissipées. «Par moments, j'outrepasse mon rôle. Mais le public ne se rend pas toujours compte des impératifs de concentration.» Un emportement vite oublié. Soulagée par l'intervention de son mari, Sophie Giquel attaqua le drapeau de la plus belle des manières.

A ce jeu de nerfs, le duo amoureux n'est-il pas gage de réussite? Axel Bettan corrige. «Cela rend les choses plus compliquées car je suis émotionnellement impliqué. Et quand ça tourne mal, j'ai tendance à vouloir l'aider plus que je ne le devrais.» Il demeure que la formule est prisée. Dans le camp français, les trois joueuses exilées sur sol américain y emploient leur mari comme caddie. Elles ne sont pas les seules à faire ce choix pragmatique qui ne sacrifie pas la vie de couple sur l'autel du professionnalisme. Malgré l'éventail de ses tâches, le caddie a conservé dans l'imaginaire collectif un statut de subalterne. Heureusement pour l'équilibre du couple, cette image ne perdure pas au sein des cercles d'initiés «Dans les vrais pays de golf comme les Etats-Unis, le rôle du caddie est très reconnu. Mais attention, si l'on possède des compétences en tout, nous ne sommes spécialistes de rien.»

Après avoir sauté dans ses bras, Helen Alfredson n'a eu hier au micro aucun mot de remerciement pour son caddie. Peu importe, le tarif en vigueur sur le circuit en cas de victoire est de dix pour cent des gains. Et la Suédoise a empoché un chèque qui approchait le demi-million de dollars.