Cadel Evans, premier Australien en passe de remporter la Grande Boucle, a détrôné au maillot jaune le Luxembourgeois Andy Schleck, désormais deuxième à 1’ 34”.

Cadel Evans: «Je n’arrive pas à y croire. Je suis tellement concentré depuis si longtemps sur cet objectif. L’an dernier, j’avais pris le maillot jaune et je me suis cassé le coude. Cette année, on avait une équipe encore plus forte. Dans ce Tour, il y a eu des moments (chauds), le problème mécanique (vendredi dans le Télégraphe) quand Andy et Contador étaient devant. Dans le Galibier (jeudi), j’ai eu peur que ça m’échappe. J’ai essayé de garder mon calme. C’était une étape dure et Andy a attaqué de si loin que j’ai eu du mal. Cela fait vingt ans que j’ai vu pour la première fois le Tour de France à la télévision. C’est à partir de là que j’ai commencé à travailler avec un entraîneur. Ce que je fais, je le fais pour le cyclisme mais aussi pour tous ceux qui ont cru en moi, pour Aldo Sassi (son entraîneur décédé récemment), pour mes équipiers et pour tous ceux qui m’ont aidé depuis que j’ai 14 ans.»

Dans ce match entre deux coureurs habitués aux deuxièmes places dans le Tour (2007 et 2008 pour Evans, 2009 et 2010 pour Andy Schleck), l’Australien a pris le dessus avant même le pointage intermédiaire du Km 27,5. Partant avec un handicap de 57 secondes, il a repoussé le cadet des Schleck à 2’ 31” au terme du parcours comportant deux montées, sur une route sèche pour les derniers concurrents, les mieux classés.

«Je suis un peu déçu parce que je voulais gagner ce Tour. Je n’ai que 26 ans et je reviendrai pour gagner», a déclaré le Luxembourgeois. «Cadel a fait le chrono de sa vie».

Evans a pris la deuxième place de l’étape gagnée par Tony Martin (HTC), à 7’’ seulement du coureur allemand.

Deux frères sur un podium

Andy Schleck, 17e du contre-la-montre, a fait légèrement mieux que son frère aîné, Frank (20e), qui a abandonné trois secondes supplémentaires. «C’est pour l’année prochaine», a chuchoté Frank à son cadet après l’arrivée, dans une énorme bousculade.

Deux frères devraient monter ensemble, pour la première fois de l’histoire, sur le podium du Tour installé sur les Champs-Elysées. Frank Schleck, troisième à 2’30’’ d’Evans, avait pour meilleur résultat final une cinquième place en 2008 et 2009.

«Il n’y a pas de tristesse. On a toujours dit qu’on voulait arriver à Paris sans avoir de regrets. Peu importe la place», a déclaré l’aîné des Schleck. Dans ce «chrono», Alberto Contador s’est classé troisième, à 1’06’’. L’Espagnol, vainqueur sortant, a gagné une place au classement général (5e).

Cancellara en retrait

Pour le gain de l’étape, Tony Martin a roulé à la moyenne de 45,9 km/h, tout près (à 6’’) de son temps réalisé le 8 juin dernier lors de sa victoire d’étape dans le Critérium du Dauphiné. Le spécialiste allemand, qui est âgé de 26 ans, a notamment gagné cette année Paris-Nice en début de saison. Dans le Tour, auquel il participe pour la troisième fois, ce solide gabarit (1,85 m pour 75 kg) avait cumulé jusqu’à présent les deuxièmes places, au Mont Ventoux en 2009, au prologue de Rotterdam et dans le contre-la-montre de Pauillan l’année passée.

Symbole de l’échec pour l’équipe des Schleck, le champion du monde du contre-la-montre, le Suisse Fabian Cancellara, a dû se contenter de la 8e place de l’étape.

Pierre Rolland (24 ans), qui s’est surpassé à Grenoble pour ne céder que 2’ 50” à Martin, a préservé son maillot blanc de meilleur jeune. En revanche, il a laissé la dixième place du classement final à un autre Français, Jean-Christophe Péraud, qui découvrait le Tour cette année.

Thomas Voeckler, 13e de l’étape, a sauvé pour sa part sa quatrième place au classement général. Contrairement à l’Italien Damiano Cunego qui a payé ses limites dans le contre-la-montre et a reculé de deux échelons derrière Contador et le Basque Samuel Sanchez.

«C’est hier (vendredi à l’Alpe d’Huez) que j’ai perdu le podium du Tour, pas aujourd’hui», a estimé Voeckler, maillot jaune durant dix jours.

Evans, qui a gagné la 4e étape à Mûr-de-Bretagne, a endossé pour la première fois la tenue de leader dans cette édition de la Grande Boucle.

Premier Australien champion du monde en 2009, il devrait aussi être le premier représentant de son pays à figurer au palmarès compte tenu de la formalité que représente la dernière étape longue de 95 kilomètres entre Créteil et Paris.

La course dessine un «huit» dans le sud-est de Paris et entre dans la capitale pour les 58 derniers kilomètres. Huit tours du circuit traditionnel de 6 kilomètres, le long des Tuileries et des Champs-Elysées, conduisent à l’arrivée, installée au bout d’une ligne droite de 400 mètres (à faible distance de l’Elysée) où le Britannique Mark Cavendish s’est imposé lors des deux dernières arrivées.