L’élection du Sud-Africain Patrice Motsepe à la présidence de la Confédération africaine de football (CAF) était certaine avant même le début le 12 mars de la 43e assemblée générale de cette dernière. Outsider dans la politique du football continental, l’entrepreneur minier et, selon Forbes, neuvième homme le plus riche d’Afrique n’avait plus d’opposition après le retrait, les jours précédant le vote, des trois autres candidats, l’Ivoirien Jacques Anouma, le Sénégalais Augustin Senghor et le Mauritanien Ahmed Yahya.

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«Après concertation avec les autorités sénégalaises lors des discussions de Rabat et l’approbation du comité d’urgence de la FSF lors de sa réunion du mardi 2 mars 2021, compte tenu du contexte particulier de cette campagne, nous avons décidé d’accepter la proposition consensuelle qui nous a été soumise par la FIFA, le Maroc et l’Egypte, au nom de l’intérêt supérieur de l’unité du football africain que nous avons mis en avant dans notre profession de foi», peut-on lire dans le communiqué de Senghor publié le 6 mars, mettant directement en cause l’influence de la FIFA sur les événements. Anouma et Yahya lui ont emboîté le pas.

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Ahmad favorisé puis répudié

Le président sortant, le Malgache Ahmad Ahmad, sous le coup d’une interdiction de cinq ans par la FIFA pour violation du code d’éthique, réduite à deux ans par le TAS, n’avait pas pu concourir. Gianni Infantino avait fait le tour du continent africain à bord d’un jet privé de Qatar Airways entre le 6 et le 16 février, rencontrant des chefs d’Etat et d’autres officiels dans 11 pays. Il avait fait de même avant les élections de la CAF en 2017, avec en point d’orgue la fête d’anniversaire de Phillip Chiyangwa, le neveu de Robert Mugabe et directeur de campagne d’Ahmad, le candidat choisi par Infantino qui avait étonnamment mis fin aux vingt-neuf ans de règne du Camerounais Issa Hayatou.

L’administration du Malgache a été un désastre total pour la CAF, qui a refusé un contrat de droits télés d’un milliard de dollars et qui a enregistré des pertes pour 40 millions de dollars sur la période 2018-2020. Selon certaines estimations, ces pertes seraient plus proches des 200 millions de dollars. Les scandales entourant Ahmad ont fini par devenir un problème pour Infantino. La FIFA a alors convaincu le comité exécutif de la CAF d’envoyer une équipe spéciale pour diriger la confédération, censée être indépendante. La secrétaire générale de la FIFA, Fatma Samoura, a supervisé la gestion quotidienne de la CAF pendant six mois avant que l’embarras ne devienne trop grand pour les membres exécutifs, qui lui ont refusé un mandat prolongé.

Cette fois, l’ambiance est très différente car la manipulation de Zurich est trop évidente. Alors que Patrice Motsepe tenait sa conférence de presse, où il a évité toute question difficile, un président d’une association membre qui ne souhaite pas être nommé par peur d’être sanctionné, nous a envoyé ce SMS: «La CAF est maintenant un département de la FIFA. C’est le moment le plus triste de l’histoire de la CAF. [Gianni Infantino] a créé un système méchant et très dangereux. Il peut suspendre n’importe qui avec son jouet le Comité d’éthique. Et personne n’ose protester, parce que s’il le fait, il sera suspendu et banni sur la base d’accusations forgées de toutes pièces ou ils installent un comité de normalisation pour vous écarter.»

La carotte et le bâton

Ce qui s’apparente à un coup d’Etat a été rendu possible par la prise de contrôle, par le président de la FIFA, des comités indépendants de l’instance lors du congrès de Bahreïn en 2017. Les présidents des deux chambres, l’Allemand Hans-Joachim Eckert et le Suisse Cornel Borbély, ont été limogés, ainsi que le chef du comité de gouvernance. La plupart des autres membres indépendants ont démissionné en signe de protestation, tandis que ceux qui les ont remplacés ont depuis été considérés comme des marionnettes recevant des ordres d’Infantino et de son conseiller juridique italien Mario Gallavotti.

Depuis lors, le Comité d’éthique dirigé par la magistrate colombienne Claudia Maria Rojas a enterré des dossiers contre Infantino et d’autres alliés, tandis que certains de ceux qui ont osé protester ont reçu des interdictions ou ont été menacés d’en recevoir. Ainsi le Libérien Musa Bility, qui avait appelé le Comité exécutif de la CAF, dont il était membre, à dénoncer l’interventionnisme de la FIFA, a été convaincu de détournements de fonds et banni en 2019 pour dix ans, une décision qu’il conteste devant le TAS.

Le système de la carotte et du bâton vaut aussi pour la distribution par la FIFA des fonds de développement aux fédérations, et l’instauration de comités de normalisation dans les pays à problèmes. La seule personne responsable de tout cela pour l’Afrique et les Caraïbes (un total de 83 voix sur les 204 associations membres de la FIFA) est le Congolais Veron Mosengo-Omba, un ancien ami d’université et collègue d’Infantino à l’UEFA. Il s’est ensuite vu confier le poste de responsable des associations membres de la FIFA, ce qui lui a donné une portée mondiale.

Indépendance en lambeaux

L’assemblée de Rabat a été une véritable fête pour Infantino qui, contrairement à l’usage, a pris sur lui de prononcer le discours d’ouverture à la place du président intérimaire de la CAF, Constant Omari. La veille, une proposition visant à faire passer le nombre de vice-présidents de trois à cinq a été envoyée aux électeurs. Elle a été adoptée sans discussion et à l’unanimité alors que les statuts de la CAF imposent l’envoi de telles propositions au moins soixante jours avant le vote. Les soutiens de Patrice Motsepe, le Nigérian Pinnick Amaju, l’Egyptien Hany Abu Rida, le Marocain Fouzi Lekjaa, ont remporté les sièges tant convoités au Comité exécutif de la CAF et au Conseil de la FIFA.

Le lendemain, Augustin Senghor et Ahmed Yahya ont été désignés premier et second vice-présidents, tandis que Jacques Anouma aurait reçu un poste de «conseiller spécial». Mais le plus important est la nomination samedi de Veron Mosengo-Omba au poste de secrétaire général de la CAF. Il s’agit plutôt d’un président de facto de la division africaine de la FIFA, car cette décision a fait disparaître les derniers lambeaux d’indépendance de la confédération africaine.