Ce n'était qu'un entrefilet dans les journaux sportifs italiens du 30 mars dernier. On y apprenait que, suite à une plainte pour faux et usage de faux déposée au consulat italien de Buenos Aires en Argentine, une enquête venait d'être ouverte par le parquet de Rome sur la légalité des procédures administratives ayant permis à Juan Sebastian Veron, milieu de terrain argentin de la Lazio de Rome, d'obtenir le statut de communautaire. Le dossier a été confié au juge Silverio Piro, un habitué des affaires épineuses puisque c'est lui qui a mis en évidence les dysfonctionnements du laboratoire antidopage du Comité olympique national italien, après avoir soulevé le scandale du «Totocalcio» dans les années 80, les fameux paris truqués sur les résultats des matches du championnat.

Menaces de sanctions

Silverio Piro souhaite comprendre si la recherche effrénée des ancêtres italiens du joueur argentin, de la part des dirigeants de la Lazio, a été menée dans la plus grande clarté. En effet, quelques jours à peine après avoir acheté le joueur au club de Parme pour 43,5 millions de francs, le staff du président Cragnotti s'est mis à parcourir Buenos Aires pour dénicher un cabinet d'avocats spécialisé dans la recherche de parents éloignés, voire très éloignés. Le règlement international autorise en effet les clubs à aligner sur le terrain autant de ressortissants de l'Union européenne qu'ils le souhaitent, mais pas plus de trois joueurs «extra-communautaires». Veron, quant à lui, a été «sauvé» par la découverte, dans son arbre généalogique côté maternel, d'un…

arrière-arrière-grand-père originaire de Cosenza et émigré en Argentine, ce qui lui a permis de devenir Italien en septembre 1999.

Le 3 avril dernier, le juge Piro a démontré qu'il prenait le sujet au sérieux en allant perquisitionner le centre d'entraînement des Romains, à Formello, afin de mettre la main sur le fameux dossier Veron. La Fédération italienne a également été priée de fournir toute la documentation relative à tous les joueurs étrangers de la Lazio. Si preuve devait être faite de l'usage de faux, la justice sportive infligerait à la Lazio une sanction rétroactive pour chaque match où le club a aligné plus de 3 joueurs étrangers, soit 37 points de pénalité, sanction qui la rétrograderait de la 2e à l'avant-dernière place du championnat.

Sergio Cragnotti, le président du club romain, a violemment réagi en affirmant qu'il s'agissait de «tentatives de déstabilisation à un moment où l'équipe joue les matches plus importants de la saison». En réalité, le cas Veron n'est pas isolé. La liste des «nouveaux Italiens» est longue: Balbo, Zanetti, Almeyda, Ayala, Chamot, Sosa (Argentins), Ze Elias, Leonardo, Amoroso, Aldair, Cafu, Zago, Adailton (Brésiliens), Mihajlovic (Yougoslave), Okon (Australien)…

A la recherche de l'ancêtre perdu

Pour obtenir le quitus tant désiré, les clubs italiens se sont livrés à une rocambolesque recherche de l'ancêtre perdu, à la limite du sensationnel et parfois de l'irrationnel. Les journalistes qui suivent le club de l'Udinese se souviennent avoir demandé plusieurs fois au Brésilien Marcio Amoroso – aujourd'hui à Parme – quand il comptait rendre une visite à sa «famille» en Calabre, avant de se résigner faute de réponse. Franco Sensi, le président de l'AS Roma, lui, n'a pas fait de mystère en déclarant: «Je viens d'affréter 5 avions pour voler au Mato Grosso et dénicher le grand-père de Cafu.» L'anecdote veut qu'ils n'y trouvèrent rien, le défenseur brésilien s'étant tiré d'affaire par une providentielle grand-mère d'origine italienne du côté de Mme Cafu. Sinisa Mihajlovic, défenseur de la Lazio, n'a pour sa part pas eu de mal à faire accepter son dossier, puisqu'il est marié à Arianna, italienne née à Rome. Alvaro Recoba, le prodige uruguayen de l'Inter de Milan est lui aussi considéré comme communautaire grâce à sa femme… argentine! Comment? En expliquant que celle-ci était née en Grèce…

Enfin, la palme revient au Chilien Marcelo Salas, attaquant de la Lazio, qui ne peut compter sur une éventuelle ascendance européenne. Qu'à cela ne tienne, les avocats de la Lazio ont tenté d'exploiter une largesse de la loi grecque qui veut qu'une personne ayant généreusement fait un don à une commune du pays puisse être récompensée de son geste en obtenant la nationalité grecque. Le bon Marcelo y est allé de sa poche, mais le dossier est resté bloqué dans les tiroirs de l'administration. Jusqu'à la prochaine tentative.