N'essayez pas d'arracher un sourire à Josef Hickersberger. L'entraîneur de l'équipe de football autrichienne a cru à une malédiction dimanche, en découvrant la poule dans laquelle jouerait sa sélection lors du Championnats d'Europe 2008: Allemagne, Pologne, Croatie. Autant dire mission impossible pour la 91e nation mondiale, selon le classement FIFA, derrière le Bénin, Haïti, le Sultanat d'Oman, Saint-Vincent et les îles Grenadine...

«Accéder aux quarts de finale ne serait pas seulement un exploit, ce serait un exploit mondial», avouait Hickersberger, en revenant sur les piteux résultats de ses hommes depuis janvier 2006: huit défaites, quatre victoires et six nuls en dix-huit matches, dont un revers contre le voisin et coorganisateur suisse (1-3).

Le Wunderteam... du ski

La pilule est dure à avaler dans un pays habitué à ressasser la grandeur passée, non plus de l'héritage des Habsbourg, mais d'une époque, l'entre-deux-guerres, lorsque l'Autriche était probablement la meilleure nation de football au monde.

Ces temps sont révolus. Le terme de Wunderteam désigne aujourd'hui les skieurs, qui continuent, eux, de collectionner les victoires. «Nous avons la pire équipe d'Autriche de tous les temps», se lamente l'ex-international Toni Polster. Au point que les supporters redoutent une élimination probable dès la phase de poule en juin prochain. Pour les Rot-Weiss-Rot, en effet, aucune des trois confrontations n'incite à l'optimisme: la Croatie a notamment battu deux fois l'Angleterre lors des qualifications. Quant à l'Allemagne, l'Autriche ne l'a plus battue depuis un match légendaire à Cordoba (Argentine), lors du Mondial 1978, pour une victoire (3-2) restée comme le plus grand jour de gloire du football autrichien.

Mais il y a peu de chances qu'un tel exploit se reproduise le 16 juin 2008. Face au péril d'une cuisante humiliation à domicile, des supporters autrichiens ont lancé une pétition recommandant à leur pays de se retirer «sportivement» de la compétition. «La dépression vous guette après avoir regardé un match de l'équipe nationale», clame le document, déjà signé par plus de 10000 personnes. «Parce que les démonstrations de talent pur sur le terrain se manifestent à peu près aussi fréquemment que des chutes de météorite».

Quel mal frappe donc le football autrichien, alors que des pays plus petits encore, à commencer par les Pays-Bas ou la Croatie, ont réussi à se maintenir au niveau international? Les spécialistes évoquent pêle-mêle l'absence de joueurs de premier plan, la faiblesse insigne du championnat national, où les espoirs n'ont guère de chances d'éclore, les entraîneurs privilégiant le recrutement de joueurs étrangers. Les moins de 20 ans ont pourtant réussi à atteindre les demi-finales du récent Mondial, mais leur génération arrivera trop tard pour l'Euro 2008. Quant aux joueurs locaux partis tenter leur chance ailleurs, un seul a atteint le niveau de la Ligue des champions: le prometteur attaquant Martin Harnik, au Werder Brême.

Absence de charisme

Il y a aussi la personnalité de l'entraîneur, montré du doigt pour son absence de charisme, son incapacité à se remettre en cause et son débit un peu lent. «Je vais parler beaucoup plus vite à partir de maintenant», a rétorqué Hickersberger, sarcastique. «Comme ça, mon équipe jouera un football rapide, fluide, offensif.»

Pour ne rien arranger, le calvaire des supporters autrichiens risque fort de se prolonger au-delà de l'Euro 2008. Pour la qualification au Mondial 2010, l'Autriche devra affronter la France, la Roumanie, la Serbie, la Lituanie, et les îles Féroé. Et elle ne prend aucun de ces adversaires à la légère, surtout pas le cinquième. Le 12 septembre 1990, le petit archipel situé au nord de l'Ecosse avait créé la sensation en sortant l'Autriche de la course à l'Euro 1992, sur le score de 1-0. La malédiction, déjà? Le soir de cette infamante défaite, l'entraîneur s'appelait Josef Hickersberger.