Les Russes pleurent leur rêve brisé, les Suédois leur titre perdu et les Finlandais leur finale ratée de peu. Quant aux Canadiens, plus forts que jamais, ils jubilent. Ainsi, le championnat du monde qui s'est fini hier soir à Moscou n'a-t-il pas bousculé la planète du hockey. Pour la quatrième fois en cinq ans, la nation fondatrice du sport jouait la finale et, pour la vingt-quatrième fois de son histoire (un record!), elle a gagné la médaille d'or. Impressionnante, elle a imposé son rythme et son physique, ne laissant aucune chance sur les deux premières périodes à une Finlande prise de vitesse malgré sa défense parfois héroïque.

Drame national à Moscou

Un renversement de situation a certes bien failli se produire au troisième tiers-temps. Les Finlandais ont soudainement intensifié la pression offensive et réussi à vite remonter de 0-3 à 2-3. Un réveil spectaculaire mais trop tardif à moins de trois minutes du coup de sifflet final. D'autant plus que Rick Nash, héros de l'équipe canadienne, a alors réagi. Déjà auteur du premier but, il s'est lancé en solo pour jouer un incroyable tour de passe-passe devant le goal adverse, marquer son sixième but de la compétition et enterrer les derniers espoirs finlandais sous la glace moscovite.

Si la victoire canadienne (4-2) n'est guère une surprise, la défaite de la Russie en demi-finale contre la Finlande samedi (1-2) a été le véritable événement du week-end. Pour les Finlandais, c'est l'un des plus grands succès de leur histoire, outre la médaille d'or de 1995. Mais, pour la Russie, dominatrice depuis le début des Mondiaux, cet échec a été un choc. Pire, un drame national. En témoignait le brutal silence dans l'Arena Khodynka lorsque, pendant les prolongations, les 14000 spectateurs ont vu les Finlandais marquer le but qualificatif et effacer toute chance russe d'accéder à la finale.

Cela fait déjà quatorze ans que la Russie attend un nouveau sacre mondial. Une humiliation pour un pays qui, sous les couleurs soviétiques puis russes, a dominé le sport et remporté 23 titres (un de moins que le Canada désormais...). A domicile, tout Moscou espérait laver l'affront cette année: nouveaux stades, nouvelle équipe et surtout... nouveau coach en la personne de «Slava» Bykov, la vedette du hockey soviétique transformé en demi-dieu suisse depuis ses exploits à Fribourg. Il avait promis une médaille. La mort dans l'âme, il a dû se contenter du bronze, facilement obtenu hier contre la Suède (3-1) alors que toute la Russie du hockey continuait de chercher les raisons de l'inattendue défaite la veille.

Bykov présente ses excuses

Malgré cette désillusion, la Russie a réussi son retour au sommet. «Comme aux temps de l'URSS, elle ressemble à une équipe et non plus à un groupe de stars de NHL incapables de jouer ensemble...», se réjouit, dans les couloirs du stade, Vladislav Tretiak, la légende du hockey soviétique devenu président de la fédération russe. «On voit enfin l'enthousiasme chez les Russes! Ils ont trouvé le bon équilibre, sachant adopter les techniques de jeu observées en NHL», analyse Scott Bowman, nom réputé parmi les entraîneurs canadiens. «Nous avons créé une nouvelle mentalité», explique Bykov qui, jugeant «tragique» la demi-finale perdue, a présenté ses «excuses aux fans». Sans surprise, après avoir donné une dernière ovation à Slava et ses joueurs à la fin du match pour la médaille de bronze, les spectateurs russes sont hier soir restés en nombre afin de soutenir... le Canada. Contre leurs bourreaux finlandais.