Premier coureur de son pays à enlever la grande classique belge depuis 1923 (Heiri Suter), Cancellara n’a laissé aucune chance au champion de Belgique Tom Boonen, le seul à l’avoir suivi à 45 kilomètres de l’arrivée dans la montée du Molenberg.

Entre les deux coureurs qui passent pour être les plus puissants du peloton sur ce genre de terrain, le match s’est disputé sur les pentes pavées de Grammont, le célèbre mur, où tout un peuple attendait un exploit de son héros.

Mais, sur cette rampe, l’avant-dernier des quinze monts du parcours (261,5 km), Boonen a cédé irrémédiablement. En danseuse, proche du point de rupture, le double vainqueur de l’épreuve a vu son compagnon, à la force de reins exceptionnelle, rester assis sur la selle et s’éloigner sans coup férir.

L’écart, d’une quinzaine de secondes au sommet, a très vite approché la minute sur les longues portions rectilignes, souvent en faux-plat descendant (hormis la courte ascension du Bosberg), menant à Meerbeke. Lancé à pleine vitesse, la locomotive suisse a avalé les 15 derniers kilomètres comme s’il s’agissait d’un «chrono», son exercice de prédilection.

«A trois kilomètres, j’ai compris que c’était gagné», a affirmé le Bernois de l’équipe Saxo Bank, triple champion du monde du contre-la-montre et tenant du titre olympique.

L’avertissement d’Armstrong

Dans la ligne droite finale, Cancellara, habillé du maillot de champion de Suisse, a même sorti de sa poche un angelot évoquant la fête de Pâques, en clin d’oeil pour sa famille, et a franchi la ligne en roue libre, plus d’une minute avant Boonen.

«La difficulté consistait à gagner ce Tour des Flandres affublé de la pancarte de favori, relevait Cancellara. Mais quand vous le réussissez, il n’y a rien de plus beau pour un athlète.» Le Bernois entend s’attaquer à un autre «monument»: Liège - Bastogne - Liège. «Mais ça ne sera pas pour cette saison», précise-t-il.

«J’ai roulé à 55 km/h et il me prend une minute. Que dire ? Il était le plus fort», a tenté de se consoler Tom Boonen, qui avait déjà terminé deuxième de la première grande classique de la saison (Milan-Sanremo) voici quinze jours.

Derrière eux, le Belge Philippe Gilbert s’est assuré, tout comme l’année passée, une honorifique troisième place devant son compatriote Björn Leukemans, avant l’arrivée d’un premier peloton réglé par l’Américain Tyler Farrar à 2’35’’ du vainqueur.

Dans ce groupe reconstitué à l’approche de Meerbeke, Lance Armstrong (27e) a franchi la ligne dans le sillage de spécialistes tels que le Français Sylvain Chavanel, moins en vue que l’année passée, et le Belge Stijn Devolder, le vainqueur sortant.

L’Américain a rassuré ses supporters, si besoin était, après ses dernières sorties en demi-teinte. Le septuple vainqueur du Tour de France s’est offert le luxe de se pointer en tête du peloton, à 49 kilomètres de l’arrivée, comme pour montrer son aisance sur les pavés, parfois mouillés par les averses, et dans le vent. Ses futurs adversaires du Tour, l’Espagnol Alberto Contador en tête, sont prévenus.

Dans l’immédiat, la démonstration de Cancellara le propulse au rang de grand favori de Paris-Roubaix dimanche prochain. «Je voulais marquer l’histoire en gagnant ici», a souligné le Suisse de 29 ans, déjà vainqueur de Milan-Sanremo (2008) et Paris-Roubaix (2006). Deux monuments du cyclisme dominés là encore par la puissance de Spartacus, l’homme fort du peloton.