La victoire n'est pas encore consommée, les stigmates de la fête se lisent encore sur les visages. Sur la terrasse d'Alinghi balayée par un vent d'été agréable, les vainqueurs de la Coupe de l'America se plient une dernière fois au jeu des questions-réponses. Avant de commencer à paqueter et de prendre des vacances bien méritées. Ernesto Bertarelli, Brad Butterworth, Grant Simmer, Ed Baird, Rolf Vrolijk etc., tout contents, à nouveau, de la tension et de l'émotion qui ont nourri ces intenses derniers jours. Tous disent l'ivresse d'un deuxième succès arraché au terme d'une longue et laborieuse campagne. Mais à l'heure d'effleurer l'avenir, les mots se font vagues. Quand? Où? Comment? Personne ne lâchera le morceau avant que le capitaine du navire ne l'ait décidé. Et surtout qu'il ait arrêté ses choix. Il faudra donc s'armer encore de patience et se contenter de spéculations avant de pouvoir commencer à ciseler la silhouette de la 33e Coupe de l'America.

Alinghi a convié la presse aujourd'hui à midi pour présenter le nouveau Protocole (ndlr: règlement), signé mardi entre le Defender et le nouveau Challenger of Record (représentant des Challengers). Mais il est fort probable que nous n'apprendrons rien de nouveau en dehors du fait que le Protocole a été signé avec le Desafio Espanol. Ce que l'on sait déjà. Pour le reste, il faudra attendre que les tractations avec Valence aboutissent. Ou pas. La date ensuite dépendra du lieu choisi. Ernesto Berteralli l'a dit (LT du 22.06.07). «Si Valence est candidate et que l'on parvient à retrouver un accord, on aura beaucoup plus de facilité à faire ça dans deux ans, et ce serait bien pour tout le monde.»

Autre question importante? Les bateaux actuels, les Class America, seront-ils encore d'actualité ou est-ce qu'une nouvelle classe va être lancée? Là aussi les paris sont ouverts. Et les avis divergent. Si Brad Butterworth (lire ci-dessous) souhaite l'introduction de nouveaux jouets, de nombreux Challengers souhaitent conserver la jauge actuelle.

Beaucoup de questions et très peu de certitudes donc. Que des suppositions. On peut ainsi supposer que la nomination du Desafio comme Challenger of Record plaide en faveur de la ville actuelle. Que si c'est dans deux ans, il est peu probable de voir une nouvelle classe de bateaux. Ou encore qu'il y a de grandes chances que des actes soient à nouveau organisés. On parle de Trapani, Dubaï, Athènes...

L'autre pan essentiel à scruter, c'est la future concurrence d'Alinghi. Quels seront les Challengers en lice? Jusqu'à hier, la perspective d'une défaite d'Emirates Team New Zealand sonnait comme le chant du cygne pour le commando black. Mais la bonne nouvelle est tombée dans la soirée. Le ministre des Sports néo-zélandais, Trevor Mallard, a annoncé que le gouvernement allouait d'ores et déjà 10 millions de dollars «kiwi» (5,7 millions d'euros) à Team New Zealand. Ceci pour éviter l'hémorragie de talents au moment où les gros Défis sont prêts à sortir les carnets de chèque.

Grant Dalton, le patron, envisage de repartir. De même qu'Emirates, le sponsor. Bonnes nouvelles aussi du côté français puisque Areva a déclaré vouloir financer plus de la moitié du budget de la prochaine campagne, donc environ 50 millions d'euros. Larry Ellison, le boss d'Oracle, on le sait, n'abandonnera pas avant d'avoir pu brandir un jour l'aiguière d'argent. United Internet Team Germany a déjà lancé la construction d'un nouveau bateau. Enfin, le Desafio Espanol, nouveau Challenger of Record, sera forcément là. Avec Iberdrola encore comme principal bailleur de fonds. Pour les autres, comme Luna Rossa, Masclazone Latino ou Team Shosholoza, la volonté semble là. Est-ce que le budget suivra?

Enfin, concernant les acteurs principaux de ces équipes, les discussions entamées depuis plusieurs semaines vont s'accélérer. La chasse aux talents et la course à la matière grise ont commencé.