Cela pouvait être la cinquième minute de jeu d’un match amical comme le dernier quart d’heure d’une rencontre décisive, il avait toujours les sourcils froncés, le regard déterminé et le verbe prêt à jaillir pour réprimander l’arbitre ou râler contre l’adversaire. Stephan Lichtsteiner donnait l’impression d’être toujours à fond. Sous tension. Il n’avait pas le jeu facile de l’artiste qui fait son numéro avant de sourire au public, non, il se plaisait dans le dur, à bûcher le long de sa ligne de touche et haranguer ses coéquipiers.

Cet engagement lui a permis de mener l’une des plus belles carrières de l’histoire du football suisse. Il a décidé d’y mettre fin cet été, à l’âge de 36 ans, ainsi qu’il l’a annoncé ce mercredi, à Muri, au siège de l’Association suisse de football. «Ça a été un magnifique voyage, a-t-il déclaré. Pendant toutes ces années au plus haut niveau, j’ai vraiment eu l’occasion de vivre mon rêve d’enfant.»

Le Lucernois avait par contre imaginé des adieux différents. Une révérence au crépuscule du Championnat d’Europe des nations après, qui sait?, un parcours couronné de succès de l’équipe de Suisse. Son équipe de Suisse: il en était le capitaine depuis le 21 mars 2016 et une rencontre de préparation contre la Bosnie-Herzégovine, héritant du brassard suite à la décision de Vladimir Petkovic de ne plus convoquer Gökhan Inler.

Cent huit sélections

La pandémie a balayé ce plan-là, comme celui de titiller le nombre record de sélections sous le maillot rouge à croix blanche détenu par Heinz Hermann (118). Stephan Lichtsteiner en restera à 108, un total plus qu’honorable grappillé depuis 2006, auprès de trois sélectionneurs (Kuhn, Hitzfeld, Petkovic) et émaillé de participations à cinq grands tournois.

Son parcours international pourtant aura été loin d’être tranquille. En 2015, ses déclarations sur un supposé «manque d’identification du public», prononcées alors que Tranquillo Barnetta et Pirmin Schwegler n’avaient pas été sélectionnés, ont déclenché une polémique et fait planer, pour des années, le spectre d’un «Balkangraben» divisant la Nati. Mais c’est aussi lui qui a en quelque sorte conclu le feuilleton, lors de la Coupe du monde 2018, en se joignant à Xherdan Shaqiri et Granit Xhaka dans l’affaire des aigles albanais…

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Contrairement à beaucoup d’autres footballeurs, Stephan Lichtsteiner n’a jamais envisagé de retraite «internationale», soit de ne plus se mettre à la disposition de l’équipe de Suisse, tant qu’il poursuivrait sa carrière de footballeur professionnel. Depuis quelques années, sa place de titulaire vacillait d’ailleurs avec les bonnes performances de Michael Lang d’abord, de Kevin Mbabu ensuite. Mais le capitaine ne s’en formalisait pas, il était prêt à participer aux rassemblements même pour assister aux matchs en étant relégué sur le banc de touche par des joueurs qui marchaient à peine lorsqu’il signait son premier contrat pro.

Au sommet à la Juventus

Formé entre Adligenswil, Lucerne et Grasshopper, Stephan Lichtsteiner a fait ses preuves dans l’élite suisse avant de connaître une superbe trajectoire à l’étranger, de Lille (où il a découvert la Ligue des champions) à la Lazio (une Coupe d’Italie) puis à la Juventus, où – au sommet de son art – il a participé aux nombreux succès de la Vieille Dame (sept championnats et quatre Coupes entre 2011 et 2018). Il a ensuite découvert deux championnats supplémentaires, la Premier League anglaise avec Arsenal et la Bundesliga allemande avec Augsbourg, y endossant toutefois un rôle moins en vue.

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Certains pensaient qu’il ne s’arrêterait jamais, trop amoureux de son sport pour s’en aller de son plein gré, comme un Roger Federer ou un Simon Ammann. Il avait en fait décidé de longue date d’en finir cet été, et il reste «heureux» de sa décision. «Attention, j’ai encore envie de jouer au football, lance-t-il. Je vais prendre du recul pendant quelques mois, mais je serai vite de retour pour des cinq contre cinq avec mes amis.»